Quels sont les effets des changements climatiques sur la forêt amazonienne ?

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© LUIS ROBAYO / AFP
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"Le poumon vert de la planète" est plus que jamais menacé par les ambitions du nouveau président brésilien, Jair Bolsonaro. Europe 1 s'y est rendu afin de constater à quel point l'équilibre de la forêt amazonienne est fragile.

La COP24 entre dans sa semaine décisive en Pologne. Les dirigeants des pays signataires de l’accord de Paris cherchent à s’entendre sur les mesures à prendre pour le climat. Au moment même où la forêt amazonienne est particulièrement menacée. "Le poumon vert de la planète" se trouve en grande partie au Brésil, où le nouveau président élu, Jair Bolsonaro, veut ouvrir la forêt tropicale à l’agro-business.

Europe 1 s'y est rendu et y a retrouvé une équipe de scientifiques qui a installé un site assez étonnant. Pour faire simple, ils regardent comment la forêt respire, comment elle absorbe et produit du CO2, en quelle quantité elle relâche de l’oxygène. Pour faire cela, ils ont bâti une tour métallique de 325 mètres de haut, soit un mètre de plus que la Tour Eiffel. Une structure bardée de capteurs qui mesure les concentrations des différents gaz. Les gaz à effets de serre, bien sûr, et tous ceux qui sont essentiels à la régulation thermique. Ça se fait parfois au rythme de dix prélèvements par seconde, à différentes altitudes.

C’est important pour étudier toutes les couches de l’atmosphère ici. Sous la canopée, il fait 23 degrés. Une température qui prend immédiatement deux degrés une fois que l'on perce le plafond de feuilles. En haut de cette tour, c’est du vert à perte de vue, à 360°. La première ville est à 2h30 de route et pirogue.

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La forêt amazonienne "est un système très susceptible"

Mais Jost Lavric, spécialiste des gaz à effet de serre à l’Institut Max Planck, n’est pas là pour profiter du paysage. Et contrairement à ce que l'on peut imaginer, la forêt amazonienne n’est pas un énorme mastodonte difficile à bousculer. Le moindre changement autour d’elle peut perturber son fonctionnement. "On voit que c’est un système très susceptible. Par exemple, lorsqu’il y a une année avec beaucoup de sécheresse ou beaucoup de feux, ou encore le fait qu’il y ait différentes particules transportées et qui provoquent des précipitations plus ou moins violentes, plus ou moins précoces ou tardives, on a des indices que ça change considérablement le budget de carbone de l’Amazonie", explique-t-il sur Europe 1.

Cela se ressent particulièrement lorsque le phénomène El Niño perturbe la forêt. Tout l’équilibre oxygène/carbone est alors modifié. Mais d'autres facteurs bouleversent cet équilibre. C'est la raison pour laquelle ces scientifiques vont jusqu’à scruter les champignons. Ces derniers émettent des spores, de minuscules particules qui, si elles sont trop nombreuses, favorisent la formation des nuages et peuvent jouer sur l’abondance des pluies. Ils regardent aussi les effets de la déforestation, l’une des principales menaces ici.

La déforestation en lisière de l'Amazonie affecte toute la forêt

Cela se fait en lisière de l’Amazonie. Et même si cela se passe loin de ce site, Stefann Wolf, de l’Institut Planck, voit que ça affecte le fonctionnement de la forêt : "L’endroit de la forêt où nous nous trouvons est parmi les plus préservés. Il y a peu d’incendies liés à l’activité humaine. Mais ce que nous constatons ici, loin des endroits où la déforestation est intense, c’est que les particules émises par les incendies qui ont lieu à 700 kilomètres de distance, modifient la concentration de l’air. Ils ajoutent des gaz à effets de serre qui affectent la végétation et endommagent le feuillage."

Les populations reculées d'Amazonie, de leur côté, savent qu’elles vivent dans un environnement à protéger mais n'ont pas forcément plus conscience de l'enjeu que cela. Pour ces habitants, les changements sont naturels, liés aux aléas et non à un bouleversement mondial.

"On sent sent qu'il fait de plus en plus chaud"

Une petite communauté vit à une heure de bateau de là où se trouvent les scientifiques de l'Institut Planck, le long de la rivière Uatuma, un affluent de l’Amazone. Cette communauté de 150 personnes environ, vit de l’agriculture et de la pêche uniquement. Il y a une petite école, mais quasiment aucun lien avec le monde extérieur. Pour eux donc pas moyen de relier leur ressenti au réchauffement climatique.

"On sent qu’il fait de plus en plus chaud. L’an passé, la saison sèche a vraiment été très chaude. Nous avons semé du Manioc, mais tout ce que nous avons planté a séché. Le Manioc est mort à cause de la chaleur. Nous essayons de limiter les feux et d’éteindre ceux que nous n’avons pas causé. Les pêcheurs en allument souvent sur les bords de la rivière et lorsqu’ils s’en vont, les flammes repartent", dit Raimonda, la doyenne.

La question maintenant est de savoir ce que vont trouver les scientifiques de l’Institut Planck, en collaboration avec leurs collègues brésiliens. Ils se refusent pour l’instant à émettre un quelconque avis sur les conséquences du réchauffement sur la forêt Amazonienne. Leur projet est sur 30 ans et ils ne sont là que depuis 2 ans. Trop court, disent-ils. Pas de commentaire sur la COP24 non plus, ils ne veulent pas faire de politique. Mais lorsqu’ils entendent le programme du président Brésilien Jair Bolsonaro sur l’ouverture de la forêt Amazonienne à l’agro-business et à la déforestation, l’un d’eux est formel, il ne faut absolument pas faire ça.

Europe 1
Par Jean-Sébastien Soladïni, édité par Grégoire Duhourcau