Aller au contenu principal
Actuellement à l'antenne

Pologne : la police déployée autour du Tribunal constitutionnel après la suspension de son président

[© Wojtek RADWANSKI / AFP]

La police s’est déployée vendredi soir à Varsovie autour du Tribunal constitutionnel, après l’annonce de la suspension de son président. Cette décision est au cœur d’un bras de fer entre la droite nationaliste, qui l’a nommé quand elle était au pouvoir, et l’actuel gouvernement centriste de Donald Tusk.

Le président de la République, le nationaliste Karol Nawrocki, a annoncé interrompre son vol pour le Sénégal, où il se rendait en déplacement officiel, et rentrer d’urgence à Varsovie. Devant le tribunal, des dizaines de policiers anti-émeutes empêchaient l’accès à l’enceinte de la plus haute juridiction polonaise aux nombreux soutiens du parti national-conservateur Droit et Justice (PiS, opposition). 

Ils manifestent depuis plusieurs semaines pour soutenir les juges suprêmes dont l’exécutif de Donald Tusk veut le départ, a constaté un journaliste de l’AFP. “Tusk traître”, scandaient-ils, certains récitant des prières en égrenant un chapelet ou en brandissant des images religieuses. La police affirme ne pas être entrée dans les bâtiments.

Une suspension contestée par la Cour elle-même

C’est l’une des juges, Anna Korwin-Piotrowska, qui a annoncé la suspension de ses fonctions du président controversé du tribunal, Bogdan Swieczkowski. Le ministre de la Justice, également procureur général, a annoncé lors d’une conférence de presse avoir demandé la levée de l’immunité de Bogdan Swieczkowski et de son adjoint, Bartlomiej Sochanski.

La confusion régnait toutefois. La Cour a démenti sur son compte X officiel, dénonçant “un coup d’État”. Elle affirme que le président Swieczkowski reste en fonction et que Mme Korwin-Piotrowska ne peut assurer l’intérim, faute d’avoir prêté serment devant le président de la République. Le site internet du tribunal était inaccessible vendredi soir.

Une crise qui oppose Varsovie à Bruxelles depuis des années

Jugé par l’UE trop dépendant du pouvoir politique, le Tribunal constitutionnel a été l’une des pommes de discorde entre Bruxelles et les nationalistes, mettant à plusieurs reprises en avant la primauté de la législation polonaise sur celle de l’UE. Depuis son retour au pouvoir en 2023, Donald Tusk, ancien président du Conseil européen, promet de résoudre la crise, sans succès jusqu’ici : les nominations de son gouvernement au Tribunal n’ont pas été entérinées par le chef de l’État, qui y fait obstacle. 

“Rétablir l’État de droit est notre devoir”, a déclaré le Premier ministre sur X. “Après des années d’illégalité sous le PiS, c’est un processus difficile, parfois douloureux, qui exige une action résolue. Il n’y a pas d’autre voix.”