À l’heure de la présentation devant la commission des lois de l’Assemblée nationale du projet de loi RIPOST porté par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, l’usage de la vidéoprotection algorithmique s’impose comme un enjeu central pour les forces de l’ordre. À la préfecture de Police, Anne-Florence Canton, patronne de la Direction de l’innovation, de la logistique et des technologies (DILT), évoque l’intelligence artificielle comme un outil numérique "essentiel pour détecter tout danger" et tient à rassurer les détracteurs.
C’est une transformation silencieuse mais décisive qui se joue au sein de la préfecture de Police. Avec le projet de loi RIPOST, présenté ce mercredi devant la commission des lois de l’Assemblée nationale par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, l’intelligence artificielle pourrait franchir une nouvelle étape dans son intégration au service de la sécurité publique. "Un enjeu avant tout opérationnel", explique à Europe 1 Anne-Florence Canton, cheffe de la Direction de l’innovation, de la logistique et des technologies (DILT) à la Préfecture de police.
Jusqu’à 30.000 caméras de vidéoprotection
Pour cette ingénieure de formation, l’usage de l’intelligence artificielle facilitera le travail des forces de l’ordre dans les années à venir. Face à l’explosion du nombre de caméras dans l'espace public (près de 5.000 pilotées directement par la préfecture de Police, et jusqu’à 30.000 accessibles via des partenaires comme la SNCF ou la RATP), les capacités humaines atteignent leurs limites.
Dans ce contexte, l’intelligence artificielle apparaît comme un levier indispensable. Les algorithmes permettent d’analyser en temps réel des flux vidéo massifs et de détecter automatiquement des situations à risque : mouvements de foule anormaux, objets abandonnés ou comportements suspects. L’objectif est ainsi clair : gagner un temps précieux dans les remontées d’informations sur le terrain afin de permettre une intervention rapide des forces de l’ordre.

L’expérimentation réussie des Jeux olympiques
L’expérimentation de la vidéoprotection algorithmique menée pendant les Jeux olympiques il y a deux ans a servi de test grandeur nature. Déployée dans les transports, dans les rues de la capitale et en périphérie, l’usage de ces nouveaux outils numériques a démontré son potentiel. "Autour de la base nautique de Vaires-sur-Marne, elle a permis de repérer des intrusions, tandis que dans le métro, elle facilitait la détection de personnes présentes sur les voies", assure Anne-Florence Canton, avant de poursuivre : "On a constaté que ça pourrait nous être utile au quotidien".
Au-delà de ces cas d’usage, l’IA ouvre la voie à une police plus proactive. Plutôt que de simplement constater, les services peuvent anticiper et prévenir. L’exemple du casse du Louvre est, selon la directrice de la DILT, révélateur : des caméras dotées d’un algorithme auraient pu identifier les éléments suspects, comme la nacelle garée sur le trottoir.
"Pour le casse du Louvre, si on avait eu la loi RIPOST, on aurait pu avoir un algorithme qui aurait détecté la présence de la nacelle sur la façade du musée. L'alerte aurait été donnée immédiatement dans la salle de commandement ici à la préfecture de Police, elle aurait pu être traitée", affirme-t-elle.
Des garanties face aux craintes de dérives
Reste toutefois la question des dérives potentielles. Sur ce point, Anne-Florence Canton est catégorique : "On est très loin des sujets de reconnaissance faciale. On ne fichera rien ni personne". Le cadre légal et les choix technologiques visent, selon elle, à privilégier une logique de sécurisation sans porter atteinte aux libertés individuelles. "Le seul objectif est de détecter une situation anormale", assure celle qui s’apprête à quitter la préfecture de Police pour devenir préfète de la Meuse.
Des limites techniques subsistent toutefois. Lors des Jeux olympiques, certains algorithmes ont par exemple confondu des reflets lumineux avec des départs de feu. "Tout est perfectible", reconnaît-elle, tout en insistant sur les progrès constants de ces outils.