Nucléaire iranien : pourquoi Téhéran a décidé de mettre l'Europe au pied du mur

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L'Iran a décidé d'abandonner la limitation de son stock d'eau lourde et d'uranium. 1:05
L'Iran a décidé d'abandonner la limitation de son stock d'eau lourde et d'uranium. © Behrouz MEHRI / AFP
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En s'affranchissant de deux engagements pris dans le cadre de l'accord sur son programme nucléaire, l'Iran met la pression sur l'Europe, conséquence de la position très ferme des États-Unis, selon les analystes interrogés sur Europe 1.
ON DÉCRYPTE

L'accord sur le nucléaire iranien va-t-il voler en éclats ? Mercredi, l'Iran a décidé de s'affranchir de deux engagements pris dans le cadre de l'accord sur son programme nucléaire : celui de limiter son stock d'eau lourde, et celui de ne pas augmenter le stock d'uranium enrichi. Le pays a par ailleurs lancé un ultimatum aux Européens, leur donnant deux mois pour trouver une solution permettant de sortir les secteurs pétrolier et bancaire iraniens de l'isolement.

Mais alors qu'une majeure partie de la communauté internationale s'inquiète d'une "escalade" vers la détention de l'arme nucléaire par la puissance perse, la responsabilité de cette décision revient en partie à la position inflexible des États-Unis dans ce dossier, selon les spécialistes invités mercredi chez Matthieu Belliard sur Europe 1.

 

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Une décision "loin d'être une provocation"

La décision iranienne "est loin d'être une provocation, c'est une réponse à l'action américaine", estime Thierry Coville, spécialiste de l’Iran à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). Selon lui, les États-Unis sont sortis sans raison de l'accord, que l'Iran respectait".

"Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique, mais également l'ensemble des signataires de l'accord sur nucléaire, hormis les États-Unis, l'Iran a respecté à la lettre jusqu'à aujourd'hui les termes de cet accord", abonde Azadeh Kian, sociologue et politiste, auteure de Femmes et pouvoir en islam (éditions Michalon). "Or ils n'ont pas reçu grand-chose en contrepartie, c'est-à-dire les investissements qu'ils attendaient. Les sanctions américaines ont continué" depuis le retrait des États-Unis de l'accord de Vienne par Donald Trump, il y a tout juste un an.

" C'est difficile de faire plus normal que ce qu'a fait l'Iran pour les négociations sur le nucléaire "

C'est donc l'attitude américaine qui serait à l'origine de cette réponse ferme de l'Iran, mercredi. Surtout, selon Thierry Coville, l'argument américain selon lequel il ne faudrait négocier avec l'Iran qu'à partir du moment où ce pays aurait des relations diplomatiques "normales" est une erreur : "C'est difficile de faire plus normal que ce qu'a fait l'Iran pour les négociations sur le nucléaire : ils ont négocié comme un autre pays. Il y avait l'idée qu'on partait sur des bases nouvelles. Le pays qui ne veut pas la normalisation des relations avec l'Iran, ce sont les États-Unis de Donald Trump."

"L'expansionnisme iranien" comme explication ?

Comment expliquer cette fermeté américaine, qui se traduit aujourd'hui par de nouvelles sanctions annoncées par Donald Trump contre l'acier et le secteur minier iranien ? "Du point de vue américain, il y a l'expansionnisme iranien en Syrie, au Liban, au Yémen… Les Américains disent [qu'avec l'accord], ils en ont profité pour être encore plus expansionnistes et offensifs auprès des alliés des Américains, comme les Saoudiens", analyse Alexandre Del Valle, professeur de géopolitique à l'IPAC de Paris.

Et face à ces velléités américaines, qui se traduisent par des propos extrêmement fermes tenus par le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, l'Europe n'affiche pas un visage assez fort, résume sèchement Thierry Coville : "L'Europe se fait marcher dessus" dans ce dossier. Dans cette configuration, quelle sera l'attitude de Berlin, Paris et Londres lors des prochaines semaines ?

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec