Manifestations historiques en Algérie : "Une colère populaire mais quelque part encadrée par une frange du régime", estime Mohamed Sifaoui

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Plusieurs centaines de manifestants défilent vendredi contre le 5e mandat que brigue le président algérien Abdelaziz Bouteflika. 1:09
Plusieurs centaines de manifestants défilent vendredi contre le 5e mandat que brigue le président algérien Abdelaziz Bouteflika. © AFP
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Pour Mohamed Sifaoui, journaliste et écrivain invité dimanche sur Europe 1, les manifestations survenues vendredi en Algérie contre un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, sont "historiques" mais pas totalement imprévisibles.
INTERVIEW

Des foules de manifestants dans les rues d'Alger, d'Oran ou de Sétif ont répondu vendredi à des appels sur les réseaux sociaux pour dire non à un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika. Ces manifestations sont les plus importantes dans le pays depuis près de 20 ans.

Les forces de sécurités, habituées à endiguer la moindre tentative de rassemblement, ont laissé faire alors même que toute manifestation est interdite à Alger depuis 2001. "C'est historique car on a cru longtemps que la société algérienne était totalement dévitalisée par les agissements du régime qui a verrouillé l'ensemble des espaces politiques et médiatiques", décrypte dimanche sur Europe 1 Mohamed Sifaoui, journaliste et écrivain, auteur de Où va l'Algérie.

"On a cru également qu'elle était résignée et qu'elle continuait de vivre un syndrome post traumatique qui est le résultat de ce qu'a vécu ce pays durant la décennie 1990, dix ans de quasi guerre civile ou en tout cas de terrorisme et de lutte anti-terroriste assez féroce. Par conséquent, on a cru que les Algériens n'allaient pas se révolter", détaille-t-il au micro de Patrick Cohen.

Une colère sourde. Pour autant, il estime que cette mobilisation n'était pas totalement imprévisible. "Il y avait un certain nombre d'indices qui montraient qu'il existait une colère sourde qui montait dans la société avec un mal-être économique et social, la volonté des Algériens les plus diplômés, comme les moins formés, de quitter le pays car il n'y a raisonnablement aucune perspective d'avenir. Aussi, pour la première fois depuis très longtemps, il y a une fissure réelle au sein même du régime", explique le journaliste. "Je pense que c'est le mandat de trop, qui fait qu'Abdelaziz Bouteflika va agréger autour de lui l'ensemble de ses détracteurs à l'extérieur du système et… à l'intérieur".

Une fissure au sein du régime. Selon le journaliste, un certains nombre d'éléments montrent d'ailleurs que le régime va mal. On le voit à travers "la passivité des services de sécurité qui ont laissé les gens manifester", "par le fait qu'une agence gouvernementale évoque que la société rejette le cinquième mandat du président mais aussi parce que la présidence communique, contre toute logique, sur un départ en Suisse du président Bouteflika pour des examens médicaux", détaille Mohamed Sifaoui.

"Cela me laisse presque sans voix car, normalement, ne serait ce que pour des raisons sécuritaires, la présidence algérienne n'a pas pour habitude de jouer cette transparence", pointe-t-il. Aussi, "si d'une certaine manière cette colère est populaire, elle est quelque part un peu encadrée par une frange du régime", qui selon lui, souhaite récupérer le mouvement.

 

Europe 1
Par Clémence Olivier