Les Houthis pro-iraniens du Yémen ont renouvelé dimanche leur menace de frapper les aéroports et l'espace aérien saoudien. Samedi, une attaque contre l'aéroport de Ryad a fait 12 morts et plus de 300 blessés, dont une Française.
Les Houthis pro-iraniens du Yémen ont renouvelé dimanche leur menace de frapper les aéroports et l'espace aérien saoudien, au lendemain d'une attaque contre l'aéroport de Ryad qui a fait 12 morts, la plus meurtrière en dix ans dans le royaume.
L'ampleur des attaques visant Ryad ces derniers jours est inédite depuis le début en 2014 de la guerre au Yémen opposant les Houthis aux forces gouvernementales, qui avaient reçu le soutien militaire d'une coalition conduite par l'Arabie saoudite un an plus tard.
Une frappe non revendiquée
Sans revendiquer la frappe de samedi, les Houthis ont renouvelé dimanche leur avertissement aux voyageurs, employés et compagnies aériennes de ne pas utiliser l'espace aérien saoudien et les aéroports, "à l'exception" de ceux des villes saintes de La Mecque et Médine.
Ils "sont exposés aux frappes", a averti sur X Yahya Saree, leur porte-parole militaire. Les combattants pro-iraniens avaient déjà revendiqué mercredi et jeudi des frappes contre l'aéroport de Ryad, ayant fait au total six morts.
La coalition militaire menée par le royaume leur a imputé la frappe de samedi, dénonçant "un crime de guerre" auquel elle répondra "avec fermeté". Une source diplomatique l'a également attribuée à un missile houthi.
L'attaque la plus meurtrière depuis août 2015
Il s'agit de l'attaque la plus meurtrière dans le royaume depuis un attentat suicide du groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui avait fait 15 morts en août 2015.
Les condamnations internationales de cette frappe sur une infrastructure civile ont afflué. "Ce qui s'est passé (...) n'est pas acceptable", a réagi Donald Trump samedi, indiquant qu'il allait examiner une possible participation américaine aux opérations militaires contre les Houthis, et s'entretiendrait avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume.
Les Etats-Unis n'avaient jusque là pas donné suite à plusieurs demandes saoudiennes de soutien.
L'aéroport toujours à l'arrêt
Les autorités saoudiennes ont recensé 12 personnes tuées et 309 blessées à l'aéroport international King Khalid, mais le bilan pourrait être plus lourd, a indiqué à l'AFP un diplomate occidental basé à Ryad.
"Quatre ressortissants saoudiens, deux Bangladais, un Américain, un Égyptien, un Argentin, un Syrien, un Palestinien et un Soudanais", figurent parmi les morts, selon les autorités.
"J'ai vu des blessés. Tout le monde courait", a relaté à l'AFP un passager, qui attendait un vol près du terminal touché. Samedi soir, la coalition a aussi rapporté la chute d'un projectile près de l'aéroport de Dammam (est).
L'aéroport de la capitale saoudienne restera à l'arrêt dimanche, ont confirmé deux sources du secteur aérien à l'AFP. "Les opérations sont suspendues jusqu'à nouvel ordre", a déclaré une de ces sources, selon laquelle le radar et les équipements de communication ont été endommagés, et l'état des pistes doit être évalué.
Une résidente française à Ryad, dont le vol a été annulé, a indiqué dimanche à l'AFP qu'elle se rendrait en voiture à Doha, au Qatar, pour prendre l'avion. L'ambassade saoudienne au Koweït affrétera elle des bus pour rapatrier lundi les ressortissants saoudiens bloqués dans le petit émirat.
Plusieurs ambassades étrangères ont recommandé à leurs employés d'éviter l'aéroport de Ryad pendant une semaine, a indiqué un diplomate occidental à l'AFP. Et l'ambassade américaine a étendu aux aéroports de Dammam et Jeddah des restrictions d'accès déjà imposées à son personnel pour celui de Ryad.
Le royaume doit accueillir ce mois-ci une série de grandes conférences internationales attirant dirigeants étrangers et personnalités du monde des affaires. Plusieurs entreprises du centre d'affaires de Ryad ont mis dimanche leur personnel en télétravail, selon de nombreux employés, et les écoles de la capitale sont passées au distanciel pour la semaine.
"Escalade dangereuse"
L'ONU, Paris, Londres, Berlin, Doha, Amman, Bagdad et Islamabad ont condamné l'attaque de l'aéroport, qualifiée d'"escalade dangereuse" par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Malgré des différends diplomatiques, notamment au Yémen, les Emirats arabes unis ont exprimé leur solidarité envers le royaume et leur "soutien à toutes les mesures visant à préserver" sa sécurité.
Sur le terrain yéménite, les hostilités se poursuivent après l'offensive éclair lancée en septembre par les Houthis qui ont pris le contrôle sur la mer Rouge du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, déclenchant une contre-offensive gouvernementale. Les Houthis ont rapporté dimanche deux frappes saoudiennes sur le governorat de la capitale, Sanaa, tenue par le mouvement.
Des sources militaires du camp gouvernemental ont indiqué samedi à l'AFP que les forces yéménites avaient progressé autour du détroit, sans parvenir à le sécuriser. Un responsable houthi a assuré que le mouvement tenait toujours l'île de Mayyoun, au coeur du passage maritime qui a gagné en importance depuis que Téhéran restreint la navigation dans celui d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique.