Les commanditaires des attentats du 13-Novembre "ont tous été tués, un à un, par la coalition internationale"

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Matthieu Suc Mediapart
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Dans son livre "Les espions de la terreur", le journaliste de Mediapart Matthieu Suc révèle que sept hauts cadres de l'Etat islamique, impliqués dans les attentats de Paris, ont été éliminés entre 2016 et 2017.
INTERVIEW

Ils opéraient au sein d'une cellule dont les méthodes étaient inspirées de celles de la CIA. Sept hauts cadres de l'Etat islamique, qui avaient fomenté les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, ont été éliminés par la coalition internationale, révèle Matthieu Suc, journaliste à Mediapart, et auteur du livre Les espions de la terreur, enquête sur les service de renseignement de l'Etat islamique.

Discrètement éliminés. "Ils ont été tués entre 2016 et 2017, un par un, par la coalition internationale, lors de frappes de drones ciblées", a précisé le journaliste sur Europe 1, mercredi matin. Ces frappes ont été essentiellement menées par les Américains, avec parfois le concours des renseignements français.

Ces attaques ciblées n'ont jamais été rendues publiques par le gouvernement français. Matthieu Suc l'explique pour deux raisons. "D'abord, les Français ne reconnaissent pas le fait de cibler des gens. Cibler des groupes d'individus ou des lieux, ce sont des actes de guerre, mais cibler quelqu'un, c'est de l'assassinat", note-t-il. La deuxième explication confère à la difficulté d'avoir confirmation que les cibles sont bien mortes. "La France arrête de compter le nombre de djihadistes français tués, car ces derniers mois, il y a eu quatre ressuscités, qui se sont faits donc passer pour morts", indique le spécialiste.

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La stratégie de l'EI pour contrecarrer le renseignement. Dans Les espions de la terreur, on comprend aussi les manquements du système de renseignement français avant les attentats de novembre 2015. Le journaliste fait d'ailleurs la comparaison avec les services américains avant le 11-Septembre. "Tout le monde a à peu près les éléments, mais on n'arrive pas à les mettre ensemble", précise-t-il. "Ce qui est terrible, c'est que l'Etat islamique avait théorisé cela. Il y a des tutoriels disponibles sur Internet en deux ou trois clics, faits par l'EI, qui explique qu'il faut saturer les services de renseignement, et notamment attaquer des pays en récession économique, parce qu'ils ont moins d'argent à investir dans les services de renseignement. On fait d'abord des petits attentats, puis le gros se passera", détaille Matthieu Suc.

Des menaces toujours actives. Pour le spécialiste, les services de renseignement français ont su rapidement réagir et apprendre de leurs erreurs. "Oui, les services ont progressé. Il me semble qu'un attentat de type '13-Novembre', avec un commando projeté de soldats aguerris, l'Etat islamique n'est plus en possibilité de le faire à l'heure actuelle", rassure-t-il. Toutefois, deux menaces pèsent toujours. "Vraisemblablement, l'Etat islamique avait envoyé d'autres clandestins en 2016, qui sont dormants, quelque part en Europe. On sait qu'ils ont du mal à se procurer des armes, mais on ne sait pas où ils sont", avertit d'abord Matthieu Suc.

La seconde menace, et sans doute la principale, est la menace endogène, avec des radicalisés qui n'ont pas réussi à partir combattre en zone irako-syrienne. Pour ceux-là, les services de renseignement s'inquiètent, souligne Matthiu Suc. "Ils s'aperçoivent que, grâce aux tutoriels sur Internet, ces gens-là peuvent s'improviser agents secrets, utilisent les mêmes 'process', et sont difficiles à détecter."

 

Europe 1
Par Anaïs Huet