Washington et Tokyo ont confirmé lundi être intervenus sur le marché des changes pour la première fois en 28 ans pour soutenir le yen, tombé au plus bas face au dollar en quatre décennies. Donald Trump a salué de son côté "un geste d'amitié".
Washington et Tokyo ont confirmé lundi être intervenus sur le marché des changes pour la première fois en 28 ans pour soutenir le yen, tombé au plus bas face au dollar en quatre décennies, et être prêts à réitérer l'opération si nécessaire.
La devise nippone était récemment tombée à presque 164 yens pour un dollar, son plus bas niveau depuis 1986, plombée par les écarts de taux entre Japon et États-Unis mais aussi par les inquiétudes sur la politique budgétaire de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi. Si l'ampleur de l'opération menée vendredi n'a pas été dévoilée, il s'agissait de la première intervention conjointe consistant à acheter des yens pour doper la devise depuis 1998, selon Tokyo.
En sens inverse, les États-Unis et le Japon avaient par ailleurs vendu du yen pour enrayer sa hausse en 2011 après un séisme destructeur. Interrogé à bord de l'avion Air Force One, le président américain Donald Trump a confirmé l'intervention: les États-Unis vont tirer un "avantage financier" de cette décision, mais "c'était avant tout (...) un geste d'amitié", a-t-il expliqué à la presse.
"Nous sommes très, très solides sur le plan financier. Eux, vous savez, ils ont un yen qui s'affaiblit et ils avaient besoin d'un peu d'aide. Et nous sommes toujours là pour le Japon", a-t-il indiqué.
Une monnaie à la "volatilité excessive"
"Nous n'hésiterons pas à participer à de nouvelles interventions conjointes" pour soutenir le yen, a aussi affirmé sur X le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent, à l'unisson de déclarations de la ministre japonaise des Finances, Satsuki Katayama.
"Cette action conjointe (...) a permis de contrer la volatilité excessive et les mouvements désordonnés du yen ces derniers mois", a-t-elle déclaré dans un communiqué. Elle a aussi salué aussi "les éloges très marqués" de Washington pour "les efforts vigoureux de revitalisation et de stimulation économique" du Japon.
Le gouvernement américain "soutient fermement les mesures monétaires et de marché décisives prises par Tokyo pour corriger la sous-évaluation substantielle du yen", a en effet commenté M. Bessent.
Le gouvernement Takaichi "entre dans une nouvelle phase enthousiasmante des 'Abenomics'", a-t-il ajouté, se référant aux politiques économiques de l'ex-Premier ministre Shinzo Abe: assouplissement monétaire, relance budgétaire massive et réformes structurelles.
Vendredi, le yen bondissait de 0,6% face au dollar, après avoir atteint 155,23 yens pour un dollar, au plus haut depuis début mai. Selon des analystes cités par le Financial Times, l'intervention japonaise a porté sur 52,8 milliards de dollars, quand le quotidien économique Nikkei l'a évaluée entre 37,5 à 44 milliards de dollars.
Un yen très affaibli est certes favorable aux grands exportateurs comme Sony et Toyota, mais il renchérit mécaniquement les importations du Japon, notamment celles des hydrocarbures libellés en dollars alors que les cours du pétrole ont flambé cette année. De quoi alimenter les tensions inflationnistes persistantes dans l'archipel.