Italie : des élections législatives aux multiples inconnues

De gauche à droite : Silvio Berlusconi (centre-droit), Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles) et Mateo Renzi (centre-gauche).
De gauche à droite : Silvio Berlusconi (centre-droit), Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles) et Mateo Renzi (centre-gauche). © Photos AFP
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avec AFP
Les législatives italiennes, dimanche, s’annoncent indécises, avec de nombreux scénarios possibles, dont un statu quo.

L’instabilité ne fait pas peur aux Italiens. Depuis 1946, l’Italie a vu défiler plus de 60 gouvernements, et pourrait en connaître un nouveau en fonction des résultats des élections législatives, dimanche. Le conditionnel est cependant de mise, tant l’incertitude plane sur ce scrutin à un tour.

Le centre-droit (avec notamment Forza Italia de Silvio Berlusconi et la Ligue, nouveau nom de la Ligue du Nord), en tête des sondages, semble être le seul des trois grands blocs (avec le centre-gauche et le populiste Mouvement cinq étoiles) à pouvoir obtenir  la majorité absolue. Mais dans une Italie fragmentée politiquement et fragile économiquement, d’autres scénarios ne sont pas à exclure. Europe 1 fait le point.

  • Quels sont les principaux enjeux électoraux ?

La campagne électorale s’est essentiellement concentrée sur l’immigration, un thème central dans un pays confronté à l’afflux massif de migrants. Depuis 2014, plus de 630.000 réfugiés sont arrivés en Italie, principalement d’Afrique du Nord. La question a ressurgi avec force début février, après la fusillade raciste à Macerata, dans le centre du pays, où un jeune sympathisant d’extrême droite a blessé par balles six personnes, toutes d’origine africaine, en représailles à la mort d’une jeune fille dans des circonstances troubles. "Cet enjeu polarise le débat : la majorité des Italiens estiment qu’il faut lutter contre l’immigration illégale", précise Camille Bedock, post doctorante à l’Université libre de Bruxelles et spécialiste de l’Italie, interrogée par Europe 1.

"L’autre enjeu est l’émergence de forces considérées comme anti-démocratiques, d’extrême droite notamment", poursuit la spécialiste. En effet, l’extrême droite et les antifascistes se sont opposées à distance, lors d’imposantes manifestations, le week-end dernier. De brefs heurts ont eu lieu à Milan, où les forces de l’ordre ont empêché des militants d’extrême gauche de perturber un rassemblement de Fratelli d’Italia (extrême droite). L’économie, pourtant l’une des principales préoccupations des Italiens, "n’a étrangement pas polarisé" les débats, remarque Camille Bedock.

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  • Quels partis ont les clés de l’élection ?

Trois grands "blocs" arrivent pour l’instant en tête des sondages : le centre-droit, qui réunit notamment Forza Italia de Silvio Berlusconi et la Ligue (38%) ; le centre-gauche, avec le Parti démocrate de l’ancien Premier ministre Mateo Renzi (26%) ; et le Mouvement 5 étoiles (28%) du jeune Luigi Di Maio, populiste et en pleine ascension. Seul le centre-droit semble en mesure de pouvoir obtenir la majorité absolue pour former un gouvernement.

Mais des millions d’électeurs restent indécis, rendant tout pronostic hasardeux. "Le Mouvement 5 étoiles et Silvio Berlusconi ont les clés de l’élection en fonction de leurs choix stratégiques", estime Camille Bedock.

  • Qui peut gouverner après les législatives ?

L’insubmersible Silvio Berlusconi, inéligible jusqu’en 2019 après une condamnation pour fraude fiscale, s’imagine en "faiseur de rois". Le leader de Forza Italia pourrait en effet mettre sur pied un gouvernement de coalition entre la droite et l’extrême droite. Mais de nombreuses dissensions internes minent déjà ce drôle d’attelage. "Il Cavaliere" s’est gardé d’évoquer une autre piste, plus réaliste : une grande coalition "à l’allemande", qui a les faveurs de l’Union européenne, entre son parti et le Parti démocrate de Renzi, comme après les législatives de 2013.

Une autre coalition hypothétique, démentie par les intéressés, pourrait réunir les "eurosceptiques" du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue. "Le M5S sera en tout cas le premier parti d’Italie. S’il intègre un gouvernement, il jouerait un rôle crucial", analyse Camille Bedock. Si aucune majorité ne se dessine -une possibilité loin d’être exclue-, d’intenses tractations devraient avoir lieu en coulisses. Et le gouvernement actuel de centre-gauche, mené par Paolo Gentiloni, pourrait gérer les affaires courantes. Le temps de trouver une solution.

  • Quelle est la situation économique de l’Italie ? 

L’économie italienne va mieux, mais elle reste loin d’être guérie. La croissance est repartie, avec une hausse de 1,4% l’an dernier, la plus forte depuis sept ans, loin cependant des +2,5% de la zone euro. Le chômage, qui atteint 11,1% selon l’Institut national des statistiques, reste également très élevé, particulièrement chez les jeunes (8,7% de chômage de moyenne dans la zone euro). La dette, avec 131,6%, plombe également les comptes du pays.

Malgré ces indicateurs, les programmes économiques des trois grands blocs sont tous jugés irréalistes par les économistes. Les partis ont multiplié les promesses, allant de l’instauration d’un impôt sur le revenu à taux unique par le centre-droit, des réductions d’impôts et un programme massif d’investissements par la gauche jusqu’à la création d’un revenu universel mensuel par le M5S. "Aucun parti ne veut repartir sur l’austérité, ils ont donc tendance à beaucoup promettre", juge Camille Bedock. Le diagnostic est partagé par tous, reste à savoir si le remède sera applicable.