En pleine passe d'armes entre Washington et Téhéran, une figure des manifestations antigouvernementales a été libérée le week-end dernier. Manière pour le régime iranien, acculé, de temporiser, même si cela ne devrait pas occasionner d'avancées significatives dans les négociations.
Il était l'un des visages de la répression des Mollahs. Erfan Soltani, arrêté à son domicile début janvier pour "atteinte à la sécurité nationale", dans le cadre des manifestations à l'encontre du régime, a été libéré sous caution (d'environ 10.600 euros) en fin de semaine dernière.
Risquant la peine de mort, selon plusieurs organisations de défense des droits humains, il fait partie des "800 pendaisons" auxquelles l'Iran aurait renoncé ces derniers jours, comme récemment affirmé par le porte-parole de la Maison blanche. Conséquence, ou non, de la rhétorique de Donald Trump, sa libération ne serait cependant qu'une manière pour Téhéran de gagner du temps, sans impact significatif sur la répression, ni les pourparlers avec les Etats-Unis.
La répression se poursuit
"Cela relève très largement d'une stratégie de communication de la part du régime à destination de l'extérieur, et d’un gage de bonne volonté apparente envers Donald Trump, qui s'était déjà attribué la réussite d'avoir évité plusieurs centaines de pendaisons en Iran. C'est donc aussi une manière pour le régime iranien de flatter son égo. Mais en réalité, cela ne change rien à la répression, qui est toujours à l'œuvre", assure David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique.
Les arrestations de masse, de même que les disparitions et les exécutions, se poursuivent dans le pays. Les Iraniens sont par ailleurs conscients que le cas Soltani, très médiatisé à l'international, n'est en réalité qu'une "manœuvre dilatoire" du pouvoir, qui ne compte pas assouplir la répression.
"Il y a beaucoup de choses qu'on ne voit pas sur ce qu'il se passe en ce moment dans le pays, du fait du contrôle étroit d'internet. Les forces de sécurité vont chercher à domicile des Iraniens qui ont été identifiés par les caméras des drones, lors des manifestations des 8 et 9 janvier, et emprisonnent des médecins ayant soigné les manifestants blessés", ajoute David Rigoulet-Roze.
Changement de braquet du régime
Pas de quoi donc modifier la dynamique du conflit opposant le régime à la population locale, ni remplacer des concessions politiques profondes, attendues dans le cadre des négociations entre l'Iran et les Etats-Unis autour, notamment, du nucléaire (limites sur l'enrichissement d'uranium et accès renforcé de l'AIEA aux sites iraniens, en échange d'une levée durable des sanctions américaines).
Et ce, même si le régime iranien, qui avait dans un premier temps menacé de riposter sur les bases américaines dans la région en cas d’attaque, a calmé le jeu, son président Masoud Pezeskhian annonçant ce mardi avoir mandaté son ministre des Affaires étrangères pour entamer des discussions directes avec les États-Unis. Une rencontre pourrait avoir lieu dès vendredi en Turquie, selon une source arabe.
Reste à connaître le calendrier souhaité par le président américain, dont l'objectif n'a pas changé : forcer l'Iran à renoncer à l'arme nucléaire, ce qui, au vu également des intérêts du camp d'en face, ne laisse que peu de place à la perspective d'un statu quo.