Aller au contenu principal
Actuellement à l'antenne

Infanticides, disparitions inexpliquées... En Ouganda, la «guerre civile» entre deux clans de chimpanzés mise en lumière par les chercheurs

Infanticides, disparitions inexpliquées... En Ouganda, la «guerre civile» entre deux clans de chimpanzés mise en lumière par les chercheurs [PATRICK MEINHARDT / AFP]

Une guerre insoupçonnée en Afrique de l'Est : pour la première fois de l'histoire, des scientifiques ont découvert et documenté une "guerre civile" entre deux bandes rivales de chimpanzés en Ouganda. Ces derniers se mènent une guerre sanglante depuis 2015, lorsqu'un groupe de centaines d'individus s'est scindé.

Mutilations, combats sanglants, bébés arrachés à leur mère... En Ouganda, une guerre civile fait rage entre deux bandes de chimpanzés, dans le parc national de Kibale depuis 2015. Pourtant, ces deux bandes appartenaient au même clan avant une scission il y a 11 ans. Un phénomène documenté pour la première fois par la communauté scientifique. 

Des maladies et une baisse des denrées alimentaires en cause

Lors d'une publication de la revue Sciences du 9 avril, des scientifiques ont révélé avoir découvert une guerre sanglante entre des descendants d'une même famille. Tout commence en 2015, dans le parc ougandais national de Kibale. Dans la forêt vivent 200 singes d'une même communauté, étudiés depuis 30 ans et connus pour être soudés. 

Mais cette année, le groupe se divise en deux, alors qu'ils vivaient jusqu'ici "en harmonie". En 2015, les deux groupes s'unissaient encore et avaient des enfants entre eux. Malheureusement, sur la même période, 5 chimpanzés adultes décèdent de maladies.

Cela aurait été le point de départ de cette guerre, de même que la nourriture, devenue un problème majeur pour les deux groupes. Ils ont vu leurs ressources diminuer au fil des années dans cette forêt du Ouganda

L'étude "révèle que l'abondance des ressources, à l'origine d'une croissance démographique rapide, n'a pas favorisé des relations intergroupes plus tolérantes chez les chimpanzés de Ngogo, mais a au contraire engendré des conflits internes", peut-on lire sur le site de Sciences.

"Des hypothèses ont été avancées pour expliquer ces différences : la relative abondance de nourriture peut expliquer l'évolution de relations de groupe", explique l'équipe scientifique. Cette abondance aurait fini par se tarir alors que le groupe grossissait. 

"Véritable chaos"

Des tensions apparaissent donc et se cristallisent alors pour atteindre leur apogée en 2018, date du début officiel de la guerre. Les chercheurs "ont constaté que ce changement n'était pas brutal, mais qu'il y avait eu une période de séparation progressive jusqu'à la rupture de tout contact entre les deux groupes." 

Le groupe "West" affronte depuis des années le groupe "Central", les deux se livrant chacun à des exactions. Ils organisent des raids meurtriers et enlèvent les bébés des mères rivales. Beaucoup de jeunes trouvent la mort durant les affrontements, qui se poursuivent les années suivantes, dans une "période de violence mortelle accrue". Les scientifiques décrivent l'évènement comme un "véritable chaos".

Dès 2021, les infanticides deviennent monnaie courante, de même que les disparitions inexpliquées. Mais ces violences ne sont pas nouvelles : la zoologiste Liran Samuni avait noté lors d'une étude que "même avant cette scission, c’était l’une des communautés de chimpanzés les plus violentes en termes d’incursions chez les voisins". 

Entre 1998 et 2008, 21 individus de groupes rivaux avaient été ainsi tués par la bande originelle. En 2026, des attaques entre les deux rivaux sont toujours signalées, signe que la situation ne s'est pas apaisée. 

Mais pour les chercheurs, "il est prématuré de tirer des conclusions définitives sur le maintien de la cohésion du groupe, ou sur sa rupture au sein de la communauté de chimpanzés de Ngogo". Affaire à suivre durant les prochains mois.