Guinée : dix ans après le massacre de Conakry, l'ONU réclame un procès

, modifié à
  • A
  • A
L'instruction sur le massacre est clôturée depuis fin 2017, mais la date du procès n'a toujours pas été fixée. (Photo d'illustration)
L'instruction sur le massacre est clôturée depuis fin 2017, mais la date du procès n'a toujours pas été fixée. (Photo d'illustration) © FABRICE COFFRINI / AFP
Partagez sur :
"La paix et la réconciliation durables ne seront pas atteintes tant que justice et responsabilité ne seront pas maintenues" a déclaré la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Michelle Bachelet Jeria aux autorités guinéennes en évoquant l'attaque perpétrée par l'armée le 28 septembre 2009, dans un stade de Conakry.

La Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Michelle Bachelet Jeria a appelé samedi les autorités guinéennes à "accélérer" l'organisation du procès des auteurs du massacre d'opposants lors d'une attaque perpétrée par l'armée il y a dix ans dans un stade de Conakry.

"L'impunité règne depuis trop longtemps en Guinée et empêche les cicatrices des victimes de guérir. La paix et la réconciliation durables ne seront pas atteintes tant que justice et responsabilité ne seront pas maintenues", a déclaré Michelle Bachelet dans un communiqué. Le 28 septembre 2009, les forces de défense et de sécurité et des militaires avaient battu, poignardé et tué par balles des opposants au régime militaire, rassemblés dans le plus grand stade de Conakry pour réclamer que le président autoproclamé depuis décembre 2008, Moussa Dadis Camara, ne se présente pas à la prochaine élection présidentielle. L'instruction sur le massacre est clôturée depuis fin 2017, mais la date du procès n'a toujours pas été fixée.

"Au moins 156 morts et disparus, dont un certain nombre de femmes décédées des suites de violentes agressions sexuelles"

Une Commission d'enquête internationale nommée par l'ONU a établi en décembre 2009 que l'attaque "a fait au moins 156 morts et disparus, dont un certain nombre de femmes décédées des suites de violentes agressions sexuelles", a rappelé le Haut-Commissariat dans un communiqué. Ce rapport a accablé les autorités de l'époque, expliquant qu'elles ont modifié les lieux du crime. Des détenus ont par ailleurs été torturés, au moins 109 filles et femmes ont été victimes de violences sexuelles et des cadavres ont été enterrés dans des fosses communes. La Commission a également conclu que ce massacre constitue un "crime contre l'humanité", et a conclu à la responsabilité pénale individuelle de plusieurs responsables guinéens, dont Moussa Dadis Camara.

Des "fonctionnaires mis en accusation et toujours en poste"

"Bien que la Commission d'enquête ait recommandé il y a près de dix ans aux autorités guinéennes de poursuivre les responsables et d'indemniser les victimes, peu de progrès tangibles ont été enregistrés jusqu'à présent", a déploré Michelle Bachelet, appelant les autorités à "accélérer l'organisation du procès". "Ces procédures judiciaires tant attendues - si et quand elles auront réellement lieu - devraient garantir la responsabilité à la fois dans l'intérêt des victimes et renforcer l'état de droit dans l'ensemble du pays", a-t-elle souhaité. La Haut-Commissaire a souligné que les efforts pour engager des poursuites et organiser une procédure judiciaire "ont été extrêmement lents et n'ont pas abouti à un procès ni à des condamnations réelles des responsables".

"Il est particulièrement préoccupant qu'un certain nombre de hauts fonctionnaires mis en accusation soient toujours en poste et ne soient pas encore traduits en justice", a-t-elle conclu.

Le gouvernement "déterminé" à organiser un procès

Vendredi, la veille des 10 ans du massacre, le Premier ministre guinéen, Ibrahima Kassory Fofana, a affirmé vendredi soir sur la télévision publique vouloir "rassurer les victimes de la détermination du gouvernement à œuvrer pour la manifestation de la vérité". 

"Tous les présumés auteurs desdites exactions, quels que soient leur appartenance politique, leur titre, leur rang ou leur grade, devront répondre de leurs actes devant la justice de notre pays", a-t-il assuré. "Ce procès sera, et nous nous y engageons fermement, une occasion de rendre justice aux victimes, de relever concrètement le défi contre l'impunité" en Guinée. Les autorités vont "créer les conditions matérielles, logistiques, techniques et sécuritaires pour la tenue effective de ce procès dans l'enceinte de la Cour d'Appel de Conakry, a ajouté le chef de gouvernement guinéen.