Des dizaines de missiles ont été envoyés sur l'Ukraine ce lundi. (Illustration) 1:23
  • Copié
avec AFP , modifié à
Au 250e jour de l'invasion russe, les exportations de céréales ukrainiennes ont repris lundi en mer Noire avec l'appui de l'ONU et de la Turquie, après la suspension par la Russie de sa participation à l'accord international qui garantit un corridor humanitaire. Europe 1 fait le point sur la situation.
L'ESSENTIEL

La Russie a lancé lundi matin une attaque massive contre les infrastructures dans plusieurs régions d'Ukraine, privant d'eau 80% des habitants de la capitale Kiev et laissant "des centaines de localités" sans électricité. Selon le ministère russe de la Défense, "toutes les frappes ont atteint leur objectif", s'est-il félicité dans un communiqué. Au nord de Kiev, une quinzaine de soldats et policiers bloquaient la circulation et interdisaient l'accès à la route qui conduit à un site touché, a constaté une équipe de l'AFP.

Les informations à retenir :

  • Au moins 50 missiles ont été lancés sur l'Ukraine ce lundi affirme l'armée ukrainienne
  • Les exportations de céréales ont repris en mer Noire
  • 80% des habitants de Kiev sont privés d'eau
  • Deux cargos chargés de céréales ont pu quitter les ports ukrainiens

Joe Biden appelle les grands groupes pétroliers à "cesser de tirer profit de la guerre"

Le président américain Joe Biden a appelé lundi les grands groupes pétroliers à "cesser de tirer profit de la guerre" en Ukraine, en investissant une partie de leurs superprofits aux Etats-Unis afin de faire baisser les prix à la pompe. "Il est temps pour ces compagnies de cesser de tirer profit de la guerre et de prendre leurs responsabilités dans ce pays. Le peuple américain jugera qui est de leur côté et qui ne pense qu'à ses bénéfices", a déclaré le président américain depuis la Maison Blanche, jugeant "scandaleux" les résultats publiés au troisième trimestre par les entreprises du secteur.

Accusation de "bombes sales" : l'AIEA commence ses inspections en Ukraine

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a annoncé lundi soir avoir commencé ses inspections en Ukraine, demandées par ce pays après que le président russe Vladimir Poutine l'a accusé d'effacer les preuves de préparation d'une "bombe sale". Les inspecteurs de l'AIEA ont "entamé - et vont bientôt terminer - la vérification des activités de deux sites en Ukraine", a indiqué l'agence de l'ONU, basée à Vienne, dans un communiqué.

Le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, a déclaré qu'il communiquerait dans le courant de la semaine "ses premières conclusions sur les activités de vérification des deux sites", selon le communiqué. Les inspections font suite à une demande écrite du gouvernement ukrainien d'envoyer des équipes de l'AIEA sur place.

La Russie a accusé l'Ukraine de se préparer à utiliser des bombes sales contre ses troupes, mais Kiev soupçonne la Russie de vouloir utiliser elle-même une bombe sale et de tenter de lui en faire porter la responsabilité, peut-être pour justifier l'emploi d'armes nucléaires conventionnelles par Moscou, dont les troupes perdent du terrain dans l'Est et le Sud de l'Ukraine. Une bombe sale est une bombe conventionnelle entourée de matériaux radioactifs, biologiques ou chimiques qui sont répandus lors de l'explosion. 

La Russie veut des "engagements" de l'Ukraine sur la démilitarisation du couloir céréalier

L'armée russe a dit lundi vouloir des "engagements" de l'Ukraine de ne pas utiliser le couloir destiné aux exportations de céréales à des fins militaires, après une attaque sur sa flotte en Crimée et la suspension de l'accord pour leur acheminement. "Il ne peut être question de garantir la sécurité de quoi que ce soit dans cette zone tant que l'Ukraine ne prendra pas des engagements supplémentaires pour ne pas utiliser cette route à des fins militaires", a indiqué le ministère russe de la Défense sur Telegram.

L'Ukraine prête à "rester un garant de la sécurité alimentaire mondiale"

L'Ukraine est déterminée à "rester un garant de la sécurité alimentaire mondiale" et à poursuivre ses exportations de céréales, a assuré lundi le président Volodymyr Zelensky lors d'un appel avec le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. "Je me suis entretenu avec le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. J'ai confirmé l'engagement de l'Ukraine à l'accord céréalier", a écrit Volodymyr Zelensky sur Twitter. Moscou a suspendu samedi sa participation à cet accord après une attaque.

Washington qualifie d'"extorsion" la demande de Moscou de démilitariser le couloir céréalier

Les États-Unis ont qualifié lundi d'"extorsion collective" les demandes formulées par Moscou envers l'Ukraine de ne pas utiliser le couloir destiné aux exportations de céréales à des fins militaires, après une attaque sur sa flotte en Crimée et la suspension de l'accord pour leur acheminement. "Cela ressemble soit à une punition collective, soit une extorsion collective", a déclaré à la presse le porte-parole du département d'État américain Ned Price.

Les forces russes admettent des frappes avec des armes de haute précision"

Interrogé par l'AFP, un militaire qui bloquait l'accès avec une quinzaine d'autres soldats et policiers précise que "trois missiles ont touché leur cible à une centaine de mètres". Rencontrée non loin de ce site, Mila Ryabova, une traductrice de 39 ans, a indiqué à l'AFP "avoir été réveillée par de puissantes explosions". "Il n'y a plus d'électricité chez nous, ni à l'école", dit à l'AFP cette mère d'une fille de 9 ans. "Un hiver froid se profile. On n'aura peut-être pas d'électricité, de chauffage. Cela pourrait être compliqué à vivre, surtout avec un enfant", ajoute-t-elle.

A Kiev, où au moins cinq explosions ont été entendues tôt lundi par des journalistes de l'AFP, "80% des consommateurs de la capitale" sont privés d'eau, a affirmé sur Telegram le maire Vitaly Klitscho, précisant que "350.000 foyers étaient sans électricité". Les forces armées russes ont, elles, indiqué avoir mené des "frappes avec des armes de haute précision et de longue portée (...) contre le commandement militaire et les systèmes énergétiques de l'Ukraine".

"Les terroristes russes ont, une fois de plus, lancé une attaque massive contre des installations du système énergétique dans un certain nombre de régions", a déploré un conseiller de la présidence ukrainienne, Kyrylo Timochenko. Selon le Premier ministre Denys Chmygal, "des missiles et des drones ont touché 10 régions, endommageant 18 installations, la plupart liées (au système) énergétique". "Des centaines de localités" se trouvent sans électricité "dans sept régions" ukrainiennes, a-t-il ajouté.

13 personnes ont été blessées dans les attaques de lundi, a déclaré le chef de la police nationale Igor Klymenko à la télévision ukrainienne, selon le site Ukrainska Pravda news. Dans le métro de Kiev, les intervalles entre chaque rame ont été espacés afin d'économiser l'électricité.

Approvisionnements difficiles en eau

Par ailleurs, plus de 100 personnes faisaient patiemment la queue dans l'ouest de Kiev pour s'approvisionner en eau à la fontaine d'un parc, après avoir été victimes de coupures d'eau dues aux bombardements russes de lundi, ont constaté des journalistes de l'AFP. "Au lieu de se battre sur le terrain militaire, la Russie combat des civils", a, lui, fustigé Dmytro Kouleba, le ministre ukrainien des Affaires étrangères.

Selon l'armée de l'air ukrainienne, "plus de 50 missiles de croisière ont été lancés" sur l'Ukraine "à l'aide d'avions", depuis le nord de la mer Caspienne et de la région russe de Rostov. Les débris de l'un d'entre eux, abattu par les forces de Kiev, sont tombés sur un village moldave frontalier de l'Ukraine, a affirmé Chisinau, faisant état de dégâts matériels mais pas de victimes.

Les frappes russes "constituent une menace directe pour la sécurité des pays voisins", a fustigé sur Facebook le porte-parole de la diplomatie ukrainienne, Oleg Nikolenko, appelant les alliés de Kiev à lui fournir des "équipements modernes de défense antimissile et antiaérienne".

Les exportations de céréales reprennent en mer Noire

Les exportations de céréales ukrainiennes ont repris lundi en mer Noire avec l'appui de l'ONU et de la Turquie, après la suspension par la Russie de sa participation à l'accord international qui garantit un corridor humanitaire. Au moins dix cargos étaient engagés les cales pleines dans le couloir maritime, dont le Ikaria Angel, affrété par le Programme alimentaire mondial avec 30.000 tonnes de blé destinées à Djibouti, selon le site Marine Traffic.

Le Centre de coordination conjointe (JCC), chargé de superviser l'accord international sur les exportations de céréales ukrainiennes via la mer Noire, a prévu une douzaine de cargos au départ des ports d'Ukraine sur la journée. Quatre autres bateaux devaient se diriger d'Istanbul vers l'Ukraine après inspection de leurs cales.

Moscou a cependant mis en garde contre la poursuite "risquée" et même "dangereuse" de la navigation en Mer Noire sans son accord : "Dans des conditions où la Russie évoque l'impossibilité de garantir la sûreté de la navigation dans ces zones, un tel accord est difficilement applicable", a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.