La technique se montre efficace. 5:36
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Hélène Kohl, édité par Maxime Dewilder , modifié à
C’est devenu une habitude, le mois d’octobre se teinte de rose pour rappeler que le dépistage du cancer du sein est essentiel pour découvrir tôt la maladie et pouvoir la soigner au mieux. En Allemagne, il existe une technique absolument originale, développée par des femmes aveugles appelée "examinatrices médicales tactiles".
REPORTAGE

Ewa Bamberg vient chercher les patientes d’un pas sûr et les accompagne jusqu’à sa petite salle d’auscultation. Elle est aveugle mais se déplace sans canne : après dix ans de travail dans ce cabinet de gynécologie, elle contourne les obstacles avec habilité, petite fontaine décorative ou plantes en pot. Ewa Bamberg est ce que l'on appelle une "examinatrice médicale tactile". Grâce à la sensibilité exceptionnelle de ses doigts, elle peut détecter avec précision nodules et tumeurs, même de quelques millimètres. Cela s'appelle la méthode "Discovering Hands" ou, en français, "les mains qui découvrent". Elle a été mise au point par un gynécologue allemand à la fin des années 2000.

Une dame est venue pour un contrôle mammaire. Pendant plus de 40 minutes, Ewa Bamberg va inspecter sa poitrine du bout des doigts mais la consultation commence par une série de questions : taille, poids, nombre de grossesses, d’allaitement, s’il y a déjà eu des cancers du sein dans la famille. Puis avec du papier adhésif frappé de petits points en braille, la poitrine de la patiente est symboliquement divisée en plusieurs grandes parties.

"Des coordonnées géographiques sur la poitrine"

"Au total je vais coller cinq bandelettes, par exemple là au milieu sur le sternum", détaille l'examinatrice médicale, "ce sont juste des points de repère pour que je m’oriente et que je n’oublie aucune zone". "Ce sont comme des coordonnées géographiques sur la poitrine. L’examen en soi ne fait absolument pas mal mais si vous ressentez des points sensibles, dîtes-le moi pendant l’auscultation", prévient-elle sa patiente. "Et maintenant, je vais palper la poitrine centimètre par centimètre, aussi les couches en profondeur. D’abord doucement sous la peau, puis jusqu’à toucher la cage thoracique."

Ses doigts entament une danse comme une valse ultra-légère de sept petites pressions, presque sur place. Ewa Bamberg maitrise tellement la technique qu’elle l’enseigne maintenant à des jeunes femmes aveugles dans un centre spécial. La formation dure neuf mois. "Souvent, on me demande : 'Mais qu’est-ce que vous cherchez ?'. Je ne cherche pas directement des tumeurs. En fait chaque femme a son propre schéma de tissus mammaires et mon rôle est de trouver des anomalies dans ce schéma, des choses qui ne collent pas avec le modèle. Je cherche juste des erreurs dans le système !", analyse Ewa Bamberg.

Les palpatrices non-voyantes détectent 50% de cas de tumeurs de plus

D’après des études, les palpatrices non-voyantes seraient capables de détecter 50% de cas de tumeurs de plus que les gynécologues. Avec 69.000 nouveaux cas par an, le cancer du sein est le plus fréquent chez les femmes allemandes. Le docteur Christine Hoffmann a été l’une des premières à Berlin à faire confiance à l’expertise de femmes non-voyantes. Pour elle, "ce n’est pas une alternative à la mammographie ou à une échographie, c’est un tout autre concept". "Nous nous considérons comme deux spécialistes complémentaires dans leur approche. Moi en tant que médecin. Et Madame Bamberg avec son expertise tactile. Les patientes viennent du coup plus souvent, une fois dans l’année pour le contrôle classique et une deuxième fois pour Madame Bamberg. Nous travaillons bien ensemble."

Ewa Bamberg est modeste mais elle a peut-être déjà contribué à sauver des vies. Elle se souvient d’un cas notamment, "la visite de contrôle annuelle n’avait rien montré". "Tout était en ordre mais la patiente est venue en plus chez moi. La tumeur était très petite. Elle n’aurait pas pu la sentir elle-même. La tumeur n’était pas palpable en position debout, absolument pas. La dame avait à peine 40 ans et heureusement, tout s’est très bien fini pour elle !"