EDITO - La force "Takuba" au Sahel ? "Un plan de communication"

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Emmanuel Macron et ses homologues du G5 Sahel sont réunis à Pau à partir de lundi pour discuter de la lutte contre le terrorisme au Sahel. Prochainement, la force "Takuba", un déploiement européen intégré à la force Barkhane, devrait voir le jour. Pour notre éditorialiste Vincent Hervouët, cette force est "l'embryon d’armée européenne dont rêvent les dirigeants français".  
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Emmanuel Macron accueille dès lundi à Pau les dirigeants du Sahel pour faire le point sur la lutte anti-terroriste. La France veut regrouper une vaste coalition internationale, associer les Africains, les Européens et regrouper les États-majors de Barkhane et du G5 Sahel à N’Djamena. Avec en prime, une nouvelle force, nommée "Takuba". Rien de plus qu'un plan de communication ? Ça en a tout l'air, selon notre éditorialiste Vincent Hervouët.

"Takuba" veut dire "sabre" chez les Touaregs. Les soldats français des forces spéciales sont déjà déployés depuis dix ans à Ouagadougou. Et c’est la task force "Sabre" qui va bientôt voir le jour. Les militaires ont pris un dictionnaire français/tamachek, et voilà "Takuba". Parfois, il suffit de nommer les choses, elles existent, ça s’appelle de la com'. Si on écoute la ministre française de la Défense, elle "crée une unité de forces spéciales européennes pour transmettre aux militaires maliens leur savoir faire d’exception". Les mots magiques sont "forces spéciales". Cela ne désigne pas le "vulgaire" instructeur paramilitaire. "Les forces spéciales" désignent le soldat hors normes, autonome, qui opère dans la semi-clandestinité, bardé de technologie. Les politiques adorent Rambo, surtout quand ils manquent de stratégie.

La vocation de ces soldats d’élite n’est pas de faire de la formation, et surtout pas au Mali

La vocation de ces soldats d’élite n’est pas de faire de la formation, et surtout pas au Mali, où 300 instructeurs européens s’échinent depuis des années à former une armée malienne, qui est ensuite totalement abandonnée à elle-même. Le plus irréel est la création d’une "unité de forces spéciales européennes" exprès pour ça. C’est à dire la fusion à chaud d’Estoniens, de Tchèques, de Belges, de Britanniques. Mais pas d’Allemands en tout cas, pour former cet embryon d’armée européenne dont rêvent les dirigeants français.

Takuba : retenez le nom. C’est le tac o tac des stratèges. Un sabre de bois pour gagner au tirage et au grattage, pour construire une armée en Europe et détruire les terroristes en Afrique. Le Sahel est parfait pour l’utopiste qui fait des châteaux de sable.

Europe 1
Par Vincent Hervoüet