EDITO - “Dénoncer un coup d’Etat en Bolivie, c’est comme s’indigner de la mafia en Sicile ou des grèves à la SNCF”

, modifié à
  • A
  • A
Partagez sur :
Au pouvoir depuis 2006, Evo Morales a annoncé dimanche sa démission après avoir perdu le soutien de l'armée et de la police. 
EDITO

Le président de la Bolivie a renoncé à se maintenir au pouvoir, après trois semaines de manifestations qui enflammaient le pays. L’armée et la police avaient réclamé sa démission. Est ce qu’on peut parler d’un coup d’Etat comme l’affirme son entourage ? Pas vraiment, à en croire notre éditorialiste international Vincent Hervouët.

"La Bolivie est championne du monde des coups d’Etat. Les dénoncer, c’est s’indigner de la mafia en Sicile ou des grèves à la SNCF. Evo Morales lui même a fait chuter deux présidents élus : Sanchez de Losada en 2003. Carlos Mesa en 2005. Tous les deux chassés par des émeutiers que le syndicaliste Evo Morales avait chauffés à blanc. Ensuite, il s’est installé au Palais et il a tenu 13 ans. Trois mandats. C’est déjà un de trop au regard de la constitution. Pour en faire un quatrième, il a organisé un référendum. Il l’a perdu. Il a alors obtenu de juges complaisants le droit de se représenter. C’est un coup d’Etat légal. Au soir de l’élection, les résultats partiels annonçaient un second tour qui aurait été fatal à Evo Morales. Le dépouillement s’est arrêté. Quand il a repris, Morales était sauvé. Il s’est proclamé vainqueur.

Selon l’audit de l’Organisation des Etats Américains, il y a eu manipulation de grande ampleur du système informatique.

C’est un coup d’Etat informatique. Ont suivi 3 semaines de chaos, trois morts, 400 blessés, et le pays était divisé entre ceux de l’Altiplano et les autres de la province orientale, notamment les milieux d’affaires que soutiennent les Etats-Unis. Dimanche, des ministres, des députés ont vu leur maison brûler, leurs proches pris en otage. L’armée a barré la route aux groupes armés partisans du président. La police s’est mutinée. Et la COB, le puissant syndicat qui est un Etat dans l’Etat, tenu par des proches du président l’a laissé tomber. Cette fois, Evo Morales a raté son coup.

Europe 1
Par Vincent Hervouët, édité par Benjamin Bonneau