Crise politique en Italie : que va-t-il se passer maintenant ?

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Après la démission mardi de son Premier ministre Giuseppe Conte, l'Italie plonge une nouvelle fois dans l'incertitude. Matteo Salvini reste en embuscade.
ON DÉCRYPTE

La nouvelle était dans l'air depuis la décision de Matteo Salvini, le 8 août, de faire éclater la coalition au pouvoir depuis 14 mois. Elle s'est concrétisée mardi après-midi : le Premier ministre Giuseppe Conte a annoncé sa démission devant les sénateurs et précipité de facto l'Italie dans l'incertitude politique.

Dans ce flottement généralisé des institutions, une chose est sûre : le président Sergio Mattarella détient la clef de la situation politique. Il va entamer rapidement des consultations, avec le défilé attendu dans son palais du Quirinal de toute la classe politique italienne pour explorer la possibilité d'une nouvelle majorité.

Conte à la tête d'un gouvernement de transition ?

Plusieurs hypothèses se dessinent : le chef de l'État pourrait d'abord demander à Giuseppe Conte de rester à la tête du pays pour piloter un gouvernement de transition. Un gouvernement "Conte bis" pourrait avancer dans l'élaboration du budget pour 2020 et éviter une hausse automatique de la TVA prévue l'an prochain, si rien n'est fait avant pour combler un trou de 23 milliards dans les caisses de l'État.

Cela donnerait le temps au Mouvement 5 Étoiles (M5S) de peut-être nouer avec le Parti démocrate (PD, centre-gauche) un pacte pour "un gouvernement fort et de renouvellement dans son programme", selon les termes du chef du PD Nicola Zingaretti. L'idée d'une alliance PD-M5S est venue, par surprise, de l'ex-chef de gouvernement Matteo Renzi, toujours poids lourd du PD, qui a proposé à ses anciens ennemis du M5S une réconciliation et un gouvernement "institutionnel".

Salvini, (presque) seul contre tous

Une autre piste pour Sergio Mattarella a été suggérée par l'ex-Premier ministre et ancien président de la Commission européenne Romano Prodi, qui propose un gouvernement pro-européen baptisé "Ursula", du nom de la nouvelle présidente de la Commission européenne, l'Allemande Ursula von der Leyen. Romano Prodi, toujours très écouté, imagine une alliance gauche-droite pour que l'Italie revienne au premier plan en Europe.

Avec ses multiples coups de boutoir, le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini a finalement réussi à enterrer la coalition au pouvoir. Quel rôle va-t-il jouer maintenant que le gouvernement est tombé ? La fracture est désormais nette entre le leader de la Ligue (extrême droite) et le M5S. Mais si Matteo Salvini est désormais en rupture avec la quasi-totalité de l'échiquier politique transalpin, il peut compter sur sa popularité auprès des Italiens : la Ligue est créditée de 36 à 38% des voix selon les sondages, et de plus de 50% en cas d'alliance avec la droite traditionnelle. C'est ce qui le pousse à demander un retour aux urnes pour résoudre cette crise politique majeure pour le pays.

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec avec AFP