Banques ouvertes pour récupérer l'argent, un peu de tranquillité: des Paraguayens commençaient à respirer ce week-end, à mesure que des versements se mettaient en place pour les épargnants floués par le scandale bancaire qui a fait tomber le président Peña. Mais le stress et la colère sont encore vifs au Paraguay.
Isabel Figueredo sort rassurée d'une agence de la Continental: elle pourra disposer de son argent. Comme un peu moins de 3 millions d'autres épargnants d'Ueno, une jeune banque en ligne placée sous tutelle mardi, elle n'avait plus accès à ses dépôts, soudainement gelés.
"J'ai poussé un soupir de soulagement quand je suis venue à la banque et que j'ai pu m'assurer que mon argent était en lieu sûr", a-t-elle déclaré à l'AFP en quittant l'établissement vers lequel ont été crédités des fonds.
Jusqu'à un plafond de "40 salaires minimum"
Selon la Banque centrale (BCP), 1,196 million d'épargnants, sur les 2,94 millions de clients d'Ueno - soit près de la moitié de la population du pays - avaient reçu des avances samedi matin. Pour un montant global d'environ 1 milliard de guaranis (160.000 dollars), a estimé sur son compte X le tout nouveau président Pedro Alliana.
Dans la capitale Asuncion et plusieurs villes de province, une demi-douzaine de banques du pays ouvraient leurs agences samedi et dimanche, pour que les victimes d'Ueno puissent récupérer leurs fonds. Bien que l'argent soit automatiquement crédité sur des comptes détenus dans d'autres banques ou à ouvrir à cette fin, nombres d'épargnants préfèrent venir en personne. Ils peuvent se diriger vers les distributeurs automatiques mais "certains préfèrent s'assurer en se présentant aux guichets", explique à l'AFP César Vazquez, directeur financier de Zeta Banco.
Les versements par le Fonds de garantie de la BCP portent d'abord sur les petits comptes, jusqu'à 10 millions de guaranis (1.600 dollars), puis au-delà, progressivement, jusqu'à un plafond de "40 salaires minimum", soit 121 millions de guaranis (près de 20.000 dollars), selon la loi expresse promulguée mercredi, une des toutes dernières de Santiago Peña avant sa destitution le surlendemain.
Mais entre l'éclatement de la crise bancaire mardi et les versements en cette fin de semaine, ces derniers jours ont été un abîme d'angoisse. "La nuit de mercredi, j'ai pas pu dormir. Je suis resté débout jusqu'à 03H00, à entrer dans l'application de la Banque centrale, qui était totalement saturée", raconte Antonio Ruiz Sanchez, fonctionnaire de l'agence d'électricité et père de deux enfants.
"Lui cracher au visage"
"Quand je me suis réveillé jeudi matin, mon épargne était déjà déposée" sur son compte dans une banque classique, Itau. "Mais j'étais angoissé, je ne peux pas le nier. Ça ne m'était jamais arrivé". La débâcle, soudaine, d'Ueno Bank, a pris ses clients de court, paralysé des entreprises, des marchés, des artisans.
Maria Amarilla, étudiante de 18 ans, raconte que sa mère, traiteur à son compte, "avait préparé dimanche mille petits fours pour un événement. Lundi matin, la personne qui devait la payer lui a dit que son argent avait disparu, que son compte affichait 'solde non disponible', et voilà".
"Ça a été très dur pour nous, ça représentait pas mal d'argent et ma mère en a besoin". Pour Giovanni Catolino, qui n'avait pas encore récupéré ses fonds au moment où l'AFP lui parlait vendredi soir, "ce sont 16 ans de travail perdus". "Avec ma femme, on avait ouvert une agence de voyage en juin, avec les indemnités de mon entreprise précédente. Ça nous a pris du temps, ça nous a coûté de l'argent. Moi, je me suis lancé à fond, évidemment". Et "15.000 ou 16.000 dollars, sinon plus", sont partis dans les limbes, raconte-t-il.
"J'ai envie de lui cracher au visage, à cette andouille", dit-il tremblant, très ému, en évoquant Santiago Peña. L'ex-président a été inculpé pour abus de confiance et avoir favorisé et protégé Ueno bank, dont il a été actionnaire. Pour raisons de sécurité, il sera détenu sur un site de la garde présidentielle. Initialement assigné à résidence, il avait dû y être transféré en urgence face à des manifestants hostiles devant son domicile, que la police a dû disperser en tirant des balles en caoutchouc.