Attentats au Sri Lanka : "Il y a un regain d’esprit de castes dans tout le sous-continent indien"

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Au micro d'Europe 1, l'historien Odon Vallet, spécialiste des religions, rappelle que le Sri Lanka, majoritairement bouddhiste, a toutefois été longtemps déchiré par les conflits communautaires. 
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Une série d’attaques au Sri Lanka, en plein dimanche de Pâques, a fait au moins 160 morts et plus de 450 blessés. Huit explosions ont visé des églises lors de la célébration de la messe mais également des hôtels de luxe, à Colombo, la capitale, mais également dans deux autres villes. "Le Sri Lanka compte beaucoup sur le tourisme, c’est l’activité principale dans certaines régions. C’est un pays de voyage de noces et ça va avoir des conséquences terribles sur l’économique, le social et le chômage dans l’île", pointe au micro d’Europe 1 Odon Vallet, spécialiste des religions.

Un pays divisé. "Le Sri Lanka est pour moi le plus beau pays du monde, il y a une quinzaine de sites qui sont classés au patrimoine mondial de l’humanité, il y a des villes entières, des temples, des sites naturels fabuleux, mais c’est aussi un pays qui a connu beaucoup de violences", poursuit l'historien. "Il y a une ethnie majoritaire, singhalaise, qui est bouddhiste, et une ethnie minoritaire tamoule, plutôt hindouiste ou chrétienne". Sur 21 millions d’habitants, le pays compte quelque 1,2 millions de catholiques.

"À l’heure actuelle, il y a un regain d’esprit de castes dans tout le sous-continent indien", pointe Odon Vallet. "En Inde, le président (Narendra) Modi est hindouiste à fond, anti-musulman à fond. On y recense la population en fonction de la religion et de plein de critères. C’est pareil au Pakistan et, maintenant, hélas, au Sri Lanka."

Il rappelle ainsi que des conflits communautaires ont déchiré l’île à plusieurs reprises ces dernières décennies. À partir des années 1980, une guerre civile a opposé le gouvernement central au mouvement des Tigres de libération de l’Îlam tamoul. Elle s’est achevée en 2009 après une sanglante offensive des forces gouvernementales. "Il ne faut pas croire que parce que le pays est majoritairement bouddhiste, il est pacifique", insiste notre spécialiste des religions. Il appelle toutefois à rester prudent sur les motivations à l’origine des attaques terroristes de dimanche, ces dernières n’ayant pas encore été revendiquées.