Snowden et l'avion de Morales, récit d'un pataquès

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et Charles Carrasco avec agences , modifié à
RECIT - Le président Evo Morales a été contraint de se poser en Autriche : Snowden était suspecté d'être à bord.

L’INFO. Le dernier épisode du feuilleton Edward Snowden a des allures d’incident diplomatique. L’avion du président bolivien Evo Morales s'est vu refuser l'espace aérien de plusieurs pays européens. La raison ? Une rumeur selon laquelle Edward Snowden, l’ancien consultant de la NSA à l’origine de révélations sur les renseignements américains, se trouvait à bord. Récit de ce nouvel imbroglio international.

ETAPE 1 : Mardi matin, une réunion à Moscou 

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Mardi, le président bolivien Evo Morales affirme, lors d'un voyage à Moscou, que son pays est prêt à accueillir Ed Snowden, le fugitif recherché pour espionnage par les Etats-Unis. C'est l'un des seuls pays qui, pour l'instant; a offert une porte de sortie claire à l'informaticien américain le plus recherché. Evo Morales est dans la capitale russe pour une réunion des pays producteurs de pétrole ainsi qu'un entretien avec Vladimir Poutine.

ETAPE 2 : Mardi soir, il atterrit à Vienne

Evo Morales à l'aéroport de Vienne, le 3 juillet 2013

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Mardi soir, Evo Morales prend son avion de retour pour La Paz. Il est censé faire une escale au Portugal. Mais finalement l'avion présidentiel doit se poser à l’aéroport de Vienne en Autriche. Lisbonne lui refuse une escale technique. Peu de temps après, on apprend que Paris a également interdit le survol de son territoire. "Le président a été forcé d'atterrir à Vienne", a affirmé David Choquehuanca, le chef de la Diplomatie bolivienne. "Il y a eu des rumeurs infondées sur la présence de M. Snowden dans cet avion, nous ne savons pas qui a inventé cet énorme mensonge", a-t-il ajouté. Selon le ministre bolivien, "la France et le Portugal ont placé à risque la vie d'Evo Morales".

Le ministre bolivien a expliqué que le gouvernement avait tenté de préparer "un nouveau plan de vol" pour que le président atterrisse en Espagne, pays qui a autorisé l'avion à se réapprovisionner dans les îles Canaries, mais alors que le président Morales était en vol, "la France nous a communiqué qu'elle avait annulé l'autorisation de survol du territoire français". Le chef de l’État bolivien a donc dû passer la nuit dans un hôtel de la capitale autrichienne.

ETAPE 3 : Mercredi matin, Paris donne son feu vert

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Finalement, vers 2h50 du matin, la France donne son feu vert pour que l'avion du président bolivien Evo Morales puisse survoler son territoire, annonce le ministre de la Défense, Ruben Saavedra. Celui-ci a expliqué pour sa part que la décision de Paris a été communiquée "à la tour de contrôle de l'aéroport de Vienne", où un "nouveau plan de vol est à l'étude.

Dans les capitales sud-américaines et les alliés de gauche de la région c'est l'indignation. "C'est un attentat contre la vie du président Morales", a déclaré le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Elias Jaua. Le ministre des Affaires étrangères de l'Equateur, Ricardo Patiño, pays où le jeune Américain a également envisagé de se réfugier, a estimé que "cela semble une terrible offense au président Morales", lors d'une conférence de presse à Quito.

ETAPE 4 : Mercredi matin, Lisbonne et Madrid donnent leur feu vert

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Vers 5 heures du matin, le Portugal donne également son feu vert pour que l'avion du président bolivien puisse survoler son territoire. Evo Morales a assuré ne plus attendre que l'autorisation d'emprunter l'espace aérien espagnol, après avoir refusé une demande d'inspection de son appareil par des responsables de l'ambassade d'Espagne à Vienne. Puis vers 10h45, Madrid donne à son tour son feu vert pour survoler son territoire ainsi qu'une escale.

Le blocage à Vienne de l'avion du président bolivien Evo Morales est "interprété comme un acte d'agression", a déclaré pour sa part l'ambassadeur de la Bolivie auprès de l'ONU Sacha Llorenti, selon lequel une "procédure" a été engagée par son pays.

ETAPE 5 : Mercredi midi, l'avion redécolle de Vienne

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En fin de matinée, l'avion présidentiel finit par redécoller de Vienne. Après cet imbroglio qui aura duré plus de 24 heures, la France s'explique. "La France a fini par autoriser le survol de son espace aérien par l'avion de M. Morales", le président bolivien, a déclaré la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, lors du compte rendu du Conseil des ministres mercredi. Elle a ajouté que le "Quai d'Orsay fera(it) une communication très précise dans la journée sur cette question". Elle s'est refusée à donner des détails sur le processus décisionnel et sur les motivations françaises d'autorisation comme de non-autorisation, renvoyant sur le ministère français des Affaires étrangères. Paris a "donné le 27 juin" puis "retiré" mardi soir l'autorisation de survol de son espace aérien par l'avion du président bolivien Evo Morales, a affirmé de son côté l'ambassadeur de Bolivie en France, Jean-Paul Guevara.

ETAPE 6 : Mercredi après-midi, l'avion se pose aux Canaries

Vers 17 heures, l'avion du président bolivien s'est posé mercredi après-midi pour une escale technique sur l'aéroport de Las Palmas aux Canaries. Un peu plus tard, une centaine de manifestants ont brûlé des drapeaux français à La Paz et ont jeté des pierres contre l'ambassade de France en Bolivie.

ETAPE 7 : L'avion en route pour la Bolivie

Vers 18h30, l'avion du président bolivien est parti mercredi soir pour la Bolivie. Selon le ministre bolivien de la Défense Ruben Saavedra, il n'a pas été inspecté après avoir été contraint à faire escale à Vienne, contrairement à ce qu'ont annoncé les autorités autrichiennes.