Un nouveau président à la tête du Mexique

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Trois heures d'info
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Chaque jour, Didier François traite d’un sujet international.

C’est une victoire sans appel : 53 % des électeurs mexicains ont voté pour en faveur d’un nouveau président, Andrés Manuel López Obrador, souvent présenté comme un dirigeant de gauche, mais parfois dénoncé comme un chef de file très populiste.

Et oui, difficile à classer cet Andrés Manuel López Obrador, que les Mexicains appellent affectueusement ou pas d'ailleurs par ses initiales : AMLO. Il vient indiscutablement de la gauche, Avec une fibre sociale très marquée. Il s'est rendu extrêmement populaire en instaurant une aide municipale pour les personnes âgées après avoir conquis la mairie de Mexico, en 2000;

Il a également bien développé le système de transport publics dans la capitale. Et puis bien sûr, il s'oppose au plan gouvernemental de privatisation des hydrocarbures, auquel il a promis de mettre un terme au cours de sa campagne.

Mais en fait, cette mesure un peu phare de son programme n'est pas motivée par une idéologie économique sociale démocrate.

Pas du tout, c'est une prise de position nationaliste pour interdire la prise de contrôle d'un atout économique stratégique par des capitaux étrangers. Et qui plus est dans des conditions d'attribution tout à fait discutables car gravement entachées par des soupçons de corruption.

Oui, c'est d'ailleurs bien la lutte très virulente contre la corruption du parti au pouvoir qui explique le succès d'AMLO.

Absolument, c'est vraiment sa marque de fabrique. Un combat de 30 ans contre ce qu'il appelle la "mafia au pouvoir"ou les "élites voraces". Il commençait chacun de ses meetings par cette promesse : "Je laverai le gouvernement de la corruption, de haut en bas, comme un escalier".

Et c'est un discours qui porte au Mexique où la corruption est évaluée à 21 milliards d’euros par an, quand le salaire minimum n'est que de 3,70 euros par jour. C'est la raison pour laquelle, Andrés Manuel López Obrador a réussi à rassembler très au-delà de la gauche.

Il y avait dans la coalition qui soutenait sa candidature de nombreux transfuges des partis traditionnels, totalement dégoûtés par l'incurie du système; Des dizaines d’élus de droite, un parti ultraconservateur, le PES, évangéliste donc totalement opposé à l’avortement et au mariage pour tous.

Et puis surtout, pour rassurer le patronat mexicain, AMLO a pris comme chef de cabinet un industriel millionnaire, très apprécié des hommes d'affaire.

Ça a été une campagne d'une extrême violence ?

Oui, une campagne très dure : 416 agressions politiques, 132 meurtres, dont 48 candidats.

Parce qu'évidement lors de ce scrutin on réélisait les députés, les sénateurs et les gouverneurs, ce qui est un enjeu énorme pour les cartels de la drogue. Sachant quand même qu'en terme de violences, 2017 a été une année record pour le Mexique avec 29 168 meurtres.

Et ce sujet était d'ailleurs le second thème de cette campagne avec une population totalement excédée, ce qui explique l'ampleur de cette vague de « dégagisme » version mexicaine.