Pourquoi Angela Merkel restera-t-elle encore deux ans ?

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
Partagez sur :

Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Angela Merkel fait un pas vers la sortie. Elle abandonnera la présidence de son parti, la CDU, en décembre. Et elle ne se représentera pas en 2021.

Elle fait un pas vers la porte, mais elle s’accroche de toutes ses forces au chambranle. Dire "je ne me représente pas en 2021", ça veut dire : "je reste encore trois ans !".  Ce n’est pas le crépuscule des Dieux, c’est Volpone qui fait semblant de mourir. Qui peut croire que l’Allemagne attende jusqu’en 2021 qu’Angela Merkel range ses tailleurs trois boutons et déménage de la chancellerie ? Elle y a ses pénates depuis 2005. Quand l’Europe, c’était encore Chirac, Berlusconi et Tony Blair qu’elle a tous enterrés…

Trois ans, cela paraît interminable ? Ça l’est. Les trois ans qui viennent de s’écouler ont été une interminable descente aux enfers pour le gouvernement allemand. Depuis qu’elle a ouvert les bras aux migrants, en 2015, Angela Merkel a été désavouée à chaque élection. Le SPD et la CDU/CSU ont fait le pire score de leur histoire, l’an dernier. Ils ont continué de gouverner ensemble.

Après deux nouvelles débâcles en Bavière et en Hesse, Angela Merkel veut bien abandonner la présidence de la CDU mais pour sauver sa couronne de chancelière. Elle rêve. Le peu d’autorité qui lui restait s’est évanoui à l’instant où elle a évoqué sa retraite. Emmanuel Macron ne s’y est pas trompé. En lui rendant hommage, il n’a pu s’empêcher d’en parler au passé.

Une sorte d’éloge funèbre !

Le Merkelisme est kaput ! Le merkelisme a consisté pendant dix ans à faire la politique de son adversaire. Angela Merkel est allé au bout de cette logique sur le nucléaire et sur les migrants. Elle a installé la démocratie chrétienne au centre gauche. Elle a ainsi asphyxié le SPD. Mais elle a laissé tout un espace à l’Alliance pour l’Allemagne. Le Merkelisme a rompu avec une des lois non écrites de la république fédérale, à savoir qu’il ne doit pas y avoir de partis démocratiques à droite de la CDU/CSU.

Le tabou est brisé. Les deux grands partis de gouvernement à bout de souffle. L’heure est à l’émiettement. C’est Weimar qui recommence. Angela va partir mais Emmanuel Macron va rester encore longtemps seul sur son tandem franco-allemand.