Obama, yes he can

SAISON 2019 - 2020
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Personnalité charismatique, slogan impactant, campagne innovante… En 2008, un démocrate s'impose largement dans les urnes face au républicain John McCain. Dans le onzième épisode du podcast Mister President par Europe 1 Studio sur l'histoire des présidentielles américaines, Olivier Duhamel revient sur l'élection de Barack Obama.

En 2008, en pleine crise économique, Barack Obama l'emporte largement face à son adversaire républicain et devient le premier homme noir à devenir président des Etats-Unis. Cette victoire, il la doit notamment à une campagne innovante et à un slogan : "Yes we can". Dans le onzième épisode du podcast Mister President par Europe 1 Studio, Olivier Duhamel revient sur l'élection du 44ème président des Etats-Unis. 

Ce podcast est réalisé en partenariat avec l'Institut Montaigne

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L’histoire de l’élection de Barack Obama, c’est une histoire que vous connaissez un peu mais dont vous allez découvrir de nombreux aspects passionnants. Dès le milieu du second mandat de Bush, les démocrates se refont une santé en reconquérant la majorité tant dans la Chambre des représentants qu’au Sénat. La Maison-Blanche semble donc à portée. Donc les pré-candidatures se bousculent. Les sondages se multiplient. Deux favoris émergent avant même les premiers caucus, les premières primaires. La sénatrice de New York, Hillary Clinton, dont tout le monde sait de longue date qu’elle est la femme de Bill. Et le sénateur de l’Illinois, Barack Obama, dont tout le monde apprendra plus tard qu’il est le mari de Michelle.

Obama réveille la flamme démocrate

Barack Obama, né le 4 mai 1961 à Honolulu, Hawaii, n’en déplaise aux fake news répandues par Trump et compagnie, né d’une mère américaine et blanche d’origine anglaise et d’un père africain, il vécut longtemps avec ses grands-parents, son père étant retourné au Kenya et sa mère faisant des études d’anthropologie avant de la pratiquer en Indonésie. Il fit ses études supérieures en science politique, relations internationales et littérature anglaise à la Columbia University de New York. En 1989, il rencontre Michelle Robinson, l’épouse trois ans après. Ils auront deux filles, Malia et Sasha. Obama étudie ensuite à l’Université de Harvard et devient le premier noir à diriger la revue de l’école de droit. Après quoi le voici professeur de droit constitutionnel à l’Université de Chicago et membre d’un cabinet d’avocats spécialisés dans les droits civiques. En 1996, il entre en politique, élu au Sénat de l’Illinois dans la circonscription du sud de Chicago. Il se distingue en octobre 2002 par sa prise de position contre l’invasion de l’Irak : "Je ne suis pas quelqu'un qui s'oppose à la guerre en toutes circonstances. Je suis opposé à une guerre stupide, non pas basée sur la raison, mais sur la passion, non sur les principes, mais sur la politique".

Barack Obama se fait repérer par le parti démocrate lors de la campagne sénatoriale de l’Illinois. Il triomphe lors de la primaire de l’État, en mars 2004, puis de l’élection de novembre. Et entre les deux, il prononce son discours d’adresse à la Convention démocrate de juillet. Citons ses premiers mots. "C’est un grand honneur pour moi… car regardons les choses en face, ma présence sur cette tribune était assez peu probable. Mon père était un étudiant étranger né et élevé dans un petit village du Kenya. En travaillant dur et avec persévérance, il a fait des études dans un endroit magique, l’Amérique".  Et un peu plus loin, "mes parents m’ont donné un prénom africain, Barack, estimant que dans une Amérique tolérante, votre prénom n’est pas un barrière devant le succès … Les rêves de mes parents se perpétuent pour mes deux magnifiques filles… Mon histoire est une partie de la grande histoire des États-Unis. Dans aucun autre pays du monde mon histoire n’est tout simplement possible". Ce 27 juillet 2004, avec ce discours dénommé "The Audacity of Hope", "l’audace de l’espoir",  Barack Obama a réveillé la flamme démocrate, devenant une personnalité nationale populaire.

Les candidats à la candidature se déclarent longtemps à l’avance. Hillary Clinton se déclare le 20 janvier 2007, Barack Obama trois semaines après. Quantité d’autres s’annoncent, puis, pour la plupart, tel Joe Biden, renoncent tant les sondages montrent une polarisation sur le choix entre Clinton et Obama. Qui va l’emporter dans le caucus de l’Iowa ? La favorite, incarnation de l'establishment, Hillary, ou le challenger, le nouveau venu. 

Barack Obama a gagné la toute première manche. Mais il y en a bien d’autres, à commencer par celle qui suit toujours le caucus de l’Iowa, la primaire du New Hampshire. La vague Obama est quand même sérieusement ralentie. C’est alors qu’il prononce trois mots qui deviendront mythiques "Yes we can", "oui nous pouvons". Will.i.am du groupe Black Eyed Peas en fait une chanson. Le fils de Bob Dylan produit le clip en noir et blanc mixé avec des extraits de discours d’Obama. Nombre de célébrités reprennent le tube.

Le web comme allié

Obama utilise massivement le web. Nous sommes en 2008. Jamais e-campagne n’avait pris une telle importance. L’équipe d’Obama ne se contente pas de présenter son programme mais multiplie dans ses publicités politiques les liens vers des réseaux sociaux. Cela sert à démultiplier les donateurs. Il y en aura plus de trois millions, mobiliser des volontaires en masse, contrer les fausses rumeurs, informer les électeurs d’États décisifs sur les procédures de vote. 

Le Super Tuesday, dès le 3 février, ne les départage pas, ils se retrouvent avec quasiment le même nombre de délégués à la Convention. Mais il est suivi tout au long du mois de février par dix victoires successives d’Obama. Hillary se rattrape en mars en gagnant l’Ohio et Rhode Island puis la Pennsylvanie en avril. Obama dispose cependant de plus de délégués que Clinton, mais pas la majorité absolue.

Des conflits surgissent à propos des États, tel la Floride ou le Michigan, qui ont avancé la date de leurs primaires, ce que les règles du parti interdisaient. Un compromis est trouvé : leurs délégués auront une demi-voix chacun. Les primaires terminées, le 3 juin, les super-délégués, de droit membres de la Convention qui ne s’étaient pas prononcés, choisissent en majorité Obama. Hillary Clinton n’a plus aucune chance. Elle rechigne à l’admettre mais finit par s’y résigner le 7 juin. La Convention se déroule donc bien et Obama choisit Joe Biden, vieux de la vieille des politiciens démocrates, comme candidat à la vice-présidence à ses côtés. Le 22 août, il envoie près de 3 millions de sms pour annoncer le nom de son colistier.

McCain se détache

Côté républicain, aucun sortant dans la course. Pas Bush, qui ne peut se représenter. Pas son vice-président Dick Cheney, qui aurait pu. Aucun membre du gouvernement Bush. La compétition pour l’investiture s’en trouve très ouverte. Plus d’une dizaine de candidats au départ, parmi lesquels les gouverneurs Mitt Romney et Mike Huckabee, l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani et, à nouveau, le sénateur John McCain. Ces deux derniers font figure de favoris. Mais, surprise, c’est Huckabee, gouverneur de l’Arkansas, qui gagne le caucus de l’Iowa. L’acteur Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie se prononce pour McCain ce qui lui assure la victoire dans cet État, celui qui apporte le plus de délégués. Giuliani renonce et soutient McCain.

Huckabee résiste cependant durant ce même Super Tuesday, gagnant 5 États contre 7 pour McCain. Ce dernier reçoit alors le soutien de Romney qui se retire. Il gagne la plupart des primaires qui suivent. Huckabee en prend acte et se retire.

Comme dans le camp démocrate, les primaires ont été très disputées. Et comme dans le camp démocrate, elles ont fait la décision avant la Convention, laquelle se contente de ratifier le choix du vainqueur choisi par les électeurs. McCain choisit pour la vice-présidence Sarah Palin, élue deux ans plus tôt gouverneur de l’Alaska, afin de rassurer tant l’aile droite du parti Républicain que ceux qu’inquiètent ses 72 ans et sa santé fragile. Mais Sarah Palin sera l’objet de nombreuses critiques ou moqueries sur ses capacités limitées...

La banqueroute de Lehman Brothers, tournant de la campagne

La campagne proprement dite, la "general campaign", commence en août 2008. La confrontation porte d’abord sur la guerre de 2003 en Irak, qu’Obama avait condamnée et McCain soutenue. Le républicain commet une gaffe en affirmant que les Américains pourraient rester cinquante ou cent ans en Irak pour assurer la paix, comme ils l’ont fait, dit-il, en Allemagne ou au Japon... Plus l’on parle de l’Irak, plus Obama peut relier McCain au président Bush, lequel est devenu aussi impopulaire que cette guerre. Seuls un quart des Américains le soutiennent à l’automne. Autre exemple qui fragilise McCain, interrogé le 20 août sur le nombre de maisons que lui et sa femme possédaient, il n’a su répondre que "Je demanderai à mon staff de vous répondre". Et Sarah Palin n’aide pas avec ses déclarations déconcertantes.

Cela dit, le véritable tournant intervient le 15 septembre 2008 avec la banqueroute de Lehman Brothers et le début de la grande crise financière. McCain suspend sa campagne en annonçant qu’il retourne à Washington pour préparer un programme d’aide d’urgence et ne débattrait pas tant que la loi ne serait pas adoptée. Elle ne l’est pas et il débat. Et quand elle le sera en une nouvelle version, Obama et Biden voteront pour. Les incohérences de McCain le desservent, la crise plus encore.

La campagne d’Obama accumule les innovations, par exemple en multipliant les bannières publicitaires sur les jeux vidéo en ligne pour faire voter un électorat jeune. Le 4 novembre, la participation bat des records pour une présidentielle américaine. 131 millions de votants. Près de 62%, un record depuis 1960. Les Afro-américains se sont mobilisés, 13% de l’électorat contre 11% quatre ans plus tôt. Et ils ont voté Obama à 95%. À l’inverse, 55% des Blancs ont choisi McCain. 56% des femmes ont voté Obama, seulement 49% des hommes. Au total, Obama l’emporte largement à 53% contre 46% pour McCain.

L’élection historique de 2008 permet de dégager trois leçons.

Leçon n° 21 : Internet devient un outil essentiel de mobilisation des électeurs. Obama l’a montré en 2008. Macron s’en inspirera en 2017

Leçon n° 22 : Une très grave crise économique provoque l’alternance. La crise de 2008 a ôté toute chance à McCain. Cette même crise économique ne fut pas pour rien dans la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012.

Leçon n° 23 : Un métis, plus noir que blanc, peut devenir président des États-Unis. À quand l’élection d’un noir ou d’un beur à l’Élysée. 

Dans un contexte exceptionnel, un Noir est devenu président des États-Unis d’Amérique. Dans des temps plus paisibles, sera-t-il réélu ?

L’élection de  2012 : Romney, un mormon dans la bataille

La présidentielle de 2012 est nettement moins passionnante. Les démocrates ont certes perdu la majorité à la Chambre des représentants lors des midterm elections de 2010, mais conservé celle au Sénat. Obama ne souffre aucune contestation lors des primaires et caucus démocrates, tenus pour la forme. Il reprend son vice-président Joe Biden sur le ticket.

Chez les républicains, la compétition s’ouvre un temps. Mitt Romney, gouverneur du Massachusetts, mormon multimillionnaire, fait cependant figure de favori dès le départ. Contesté sur sa droite par Net Gringrich, sur sa gauche par le libertarien Ron Paul, Romney en vient à bout durant le premier semestre de 2012. Il prend comme colistier le droitier député du Wisconsin Paul Ryan afin de rassurer Tea Party dont il est une des figures. Né au début du mandat d’Obama, ce mouvement parti de la base des Républicains conteste fortement le rôle de l’État fédéral.

Obama reste longtemps favori, rate le premier débat ce qui permet à Romney de remonter, reprend ensuite l’avantage. Lors du troisième débat, il raille la critique de Romney affirmant que la Marine était plus faible qu’en 1917. "We have fewer ships than we did in 1916. Well, governor, we also have fewer horses and bayonets, because the nature of our military's changed". "Nous avons moins de bateaux qu’en 1916. Eh bien gouverneur, nous avons aussi moins de chevaux et de baïonnettes parce que la nature de notre armée a changé".

L'explosion des dépenses de campagne

La campagne est marquée par une explosion des dépenses, depuis que la Cour suprême a changé les règles. Par un arrêt Citizen United v. Federal Election Commission du 21 janvier 2010, elle annule, par 5 voix contre 4, la loi McCain-Feingold de 2002 qui interdisait qu’une entreprise puisse financer une publicité télévisée dans les deux mois précédant la présidentielle ou le mois précédant une primaire. Au total, deux milliards de dollars sont dépensés par les deux candidats. Plus de 80% en publicité négative, c’est-à-dire centrée contre le candidat adverse.

Obama recueille moins de voix qu’en 2008. Il l’emporte néanmoins facilement avec 51% des voix contre 47% pour Romney et plus de cent grands électeurs d’avance. Obama est à nouveau plébiscité par les minorités : 71% des votants  hispaniques, 73% des asiatiques, 93% des noirs, mais seulement 30% des blancs. Et, une fois encore, 55% des femmes, seulement 45% des hommes.

Leçon n° 24 : L’argent et la publicité jouent un rôle croissant. 2 milliards de dépenses, plus de 80% de publicités négatives en 2012. En France les dépenses de campagne sont réglementées et plafonnées. 

La Constitution interdira à Obama de partir à la conquête d’un troisième mandat en 2016. Cette présidentielle sera alors une des plus imprévues, les plus surprenantes, les plus clivantes de l’histoire des États-Unis. C’est notre prochain épisode, et, provisoirement, le dernier de notre série.

 

 

"Mister President par Europe 1 Studio" est un podcast imaginé par Olivier Duhamel

Préparation : Capucine Patouillet
Réalisation : Christophe Daviaud (avec Matthieu Blaise)

Cheffe de projet édito : Fannie Rascle
Diffusion et édition : Clémence Olivier
Graphisme : Mikaël Reichardt
Archives : Patrimoine sonore d’Europe 1 avec François Clemenceau (9 janvier 2008, 24 août 2008 et 19 septembre 2008)

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