Corée du Nord : décès d'une star du cinéma, kidnappée par le Nord en 1978

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Décès Choï Eun-hee, AFP, 1280 5:08
© AFP
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En 1978, Choï Eun-hee avait été approchée par des agents nord-coréens qui l'ont enlevée. L'objectif était de la faire tourner dans les films dont rêvait Kim Jong-il.

Si je dis son nom, ça ne vous dira sans doute rien. Elle s'appelait Choï Eun-hee. Elle vient de mourir à 91 ans. Et madame Choï était une star absolue en Corée. Des deux côtés du 38ème parallèle et c'est ce qui a fait que sa vie a été rocambolesque. Mais d'abord, c'est une vedette de cinéma sud-coréenne, c'est ça ?

Oui, Choï et son mari Shin formaient le couple le plus célèbre du cinéma sud-coréen, ils étaient adulés dans les années 70. Il y a même des photos d'elle avec Marilyn Monroe, en Corée, pour vous montrer la star qu'elle était. Et puis un jour de 1978, elle a été approchée par des agents nord-coréens, sur ordre direct de Kim Jong-il, le père de l'actuel dictateur. Les agents se font passer pour des professionnels du milieu du cinéma et lui donnent rendez-vous à Hong-Kong. Ils font monter madame Choï sur un bateau et de là, ils la transbordent sur un cargo, direction la Corée du Nord avant de la droguer et de la priver de nourriture pendant huit jours.

Pourquoi ?

Eh bien le but c'était de la faire tourner dans les films de cinéma dont rêvait Kim Jong-il pour son pays parce qu'il était très cinéphile. C'était du jeu d'acteur forcé. Ils ont tourné dans une dizaine de films au total avec son mari, qui a été kidnappé peu de temps après elle. Quand madame Choï est arrivée à Pyongyang, elle était désespérée, vous l'imaginez. Alors pour lui remonter le moral, Kim Jung-il lui faisait des petites blagues. Par exemple : "Regardez-moi madame Choï, n'ai-je pas l'air d'un nain petit et gros ?" Là, elle raconte qu'elle n'a pas pu s'empêcher de rire, malgré le tragique de la situation puisqu'elle est restée huit ans en Corée du Nord ! Alors côté cinéma, c'était de la superproduction ! Quand il fallait tourner une scène avec du vent, on envoyait carrément un hélicoptère, pour une séquence d'accident de train, une vraie locomotive avec de la vraie dynamite dedans...

Et le plus beau c'est son évasion non ?

Oui, ils ont réussi à s'échapper ensemble, madame Choï et son mari. Ils avaient été autorisés à se rendre au Festival international du film de Berlin et, là-bas, un journaliste japonais a pu les cacher dans un taxi qui les a déposés devant l'ambassade des Etats-Unis à Vienne. Quand elle est arrivée, on lui a dit : "Bienvenue en Occident." Elle a éclaté en sanglots.

Ils sont retournés en Corée, après toutes ces péripéties ?

Ils sont d'abord restés dix ans aux Etats-Unis avant de rentrer en Corée du Sud à la fin des années 90. Ce sont probablement les plus célèbres des centaines de sud-coréens enlevés par des agents du Nord. Il y a encore aujourd'hui environ 500 sud-coréens victimes de rapt et qui vivent au Nord.

Après le cinéma, on va s'intéresser à la peinture et un des plus célèbres tableaux de Picasso, j'ai nommé Guernica. Henry de Laguérie, vous êtes correspondant d'Europe 1 en Espagne. Si on en parle, c'est parce qu'un historien revisite complètement l'histoire. Selon lui, ça n'a rien à voir avec le bombardement de Guernica par les Nazis en 37. Ce serait une métaphore de la vie de Picasso, c'est ça ?

Oui, c’est la thèse avancée par Jose Maria Juanraz, un professeur d’université qui planche sur Guernica depuis 14 ans. Ses conclusions sont étonnantes. Le tableau, qui montre un ensemble de personnages et d'animaux dans un espace fermé, ne refléterait rien d’autre que la vie du peintre espagnol. Dans un livre présenté la semaine dernière à Madrid, l’historien voit dans le taureau du tableau, Picasso. Les autres personnages sont les femmes de sa vie : son épouse, sa maîtresse, sa mère et sa première femme. L’ensemble de l’œuvre représenterait trois moments clés de la vie du peintre : le tremblement de terre qu’il a vécu à Malaga lorsqu’il était enfant, ses problèmes de couples et le suicide de l’un de ses amis.

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Donc ce n'est pas une oeuvre engagée ?

Et non, selon l’historien, l’artiste était complètement apolitique. Il vivait à Paris à l’époque et ne s’intéressait pas du tout à la guerre d’Espagne. Il n’a d’ailleurs jamais mis les pieds à Guernica. En fait, il était déjà en train de travailler sur ce tableau lorsqu’on lui en a fait la commande. Les conclusions du chercheur sont claires. Picasso aurait fait preuve d’opportunisme, en déguisant un autoportrait en un chef d’œuvre du pacifisme.

Ça soulève une grosse polémique chez vous ?

Oui, les critiques d’arts sont perplexes, pour ne pas dire en colère. Cette thèse manque d’arguments scientifiques selon eux. Ils rappellent que Picasso était engagé au Parti Communiste. Il avait affirmé son soutien aux républicains espagnols. En tout cas cette nouvelle interprétation suscite un vif débat ici car c’est la première fois qu’un chercheur s’attaque ainsi à Pablo Picasso, un véritable mythe en Espagne.

Une info en bref, aux Pays-Bas, il est désormais interdit de fumer du cannabis dans les rues de La Haye.

C'est la première ville du pays qui décide de proscrire la consommation de cannabis. C'est valable dans le centre-ville, aux abords de la gare et dans les rues commerçantes. Les riverains n'en pouvaient plus des fortes odeurs de fumée d'herbe et des nuisances sonores. Ce sera un simple avertissement jusqu'à fin avril et ensuite une amende, dont le montant n'a pas encore été fixé.