D’ici 2050, y aura-t-il autant de plastique que de poissons dans l’océan ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Brune Poirson affirme que qu'il y aura autant de plastique que de poissons dans l’océan d'ici 2050.

Vrai Faux : Y aura-t-il autant de plastique que de poissons dans les océans en 2050 ?

La secrétaire d’État à la Transition Écologique a présenté sa feuille de route pour favoriser le recyclage et diminuer la quantité de déchets. La France est en retard, avec seulement 22,2% de nos déchets plastique recyclés, et Brune Poirson ne ménage pas ses efforts pour infléchir les comportements, à coup de chiffres chocs.

"D’ici 2050, il y aura autant de poissons que de plastique dans l’océan. Cela a des conséquences terribles pour la biodiversité, et cela va affecter notre alimentation"

D’ici 2050, il y aura autant de plastique que de poissons dans l’océan. Vrai ou faux ?

C'est fantaisiste. Ce chiffre est régulièrement repris par la presse, et même par l’ONU qui s’en sert comme base de campagnes. La Fondation Ellen MacArthur, qui œuvre pour l’économie circulaire, en est à l’origine. Aujourd’hui, selon l'un de ses rapports publié en 2016, on compte 5 tonnes de poisson pour 1 tonne de plastique dans les océans, si l’on ne fait rien demain, il y en aura autant.

Le problème, c’est que les sources sur lesquelles la fondation s'appuie ne disent pas cela du tout.

Pour le plastique, l’étude citée fait référence. Elle vient d’une chercheuse de l’université de Géorgie, qui a compilé les données d’une centaine de pays ayant un littoral. Combien de déchets sont recyclés, perdus... Pour estimer la part qui finit dans la mer, elle a pris pour modèle la baie de San Francisco, appliqué ensuite à l’ensemble de la planète. C'est de là que vient le chiffre de 150 millions de tonnes de plastiques qui polluent nos mers mers aujourd'hui. Le problème, c’est qu'elle n’a pas pris en compte la pollution SUR les océans : les déchets des bateaux de pêche et de tourisme, de l’aquaculture, des plateformes. Les quantités de plastique estimées sont donc probablement sous-évaluées. Et surtout la chercheuse ne s'engage pas jusqu’en 2050 : on ne peut pas extrapoler sur une période aussi longue, selon elle, car la démographie, les technologies vont changer. C’est la fondation qui a fait ces projections, un peu au doigt mouillé.

Et pour le nombre de poissons ?

Même problème. On ne sait pas combien il y a de poissons aujourd’hui dans les océans. Pour évaluer ce stock, un chercheur (Simon Jennings) a utilisé des images satellites qui montrent l’étendue du phytoplancton (la base de la nourriture des poissons). En 2008, il estimait le stock à 900 millions de tonnes, et c'est le chiffre que retient la fondation. Mais en 2015, il a révisé ses données : il s’est trompé, il y en aurait au minimum trois fois plus. Il se refuse à avancer un chiffre, et bien sûr à toute projection.

Ce chiffre est faux, mais est-ce grave, finalement ? Cela permet une prise de conscience.

C’est la vertu de ces formules coup de poing, parce que ce qui est certain, c’est que la quantité de plastique augmente dans les mers, au rythme de quatre à 12 millions de tonnes chaque année, et que cela s'accumule. Environ 300.000 tonnes de plastique flottent en surface en micro-particules, le reste tombe dans les fonds. Donc à l'échelle de la planète, l'impact sur les poissons reste faible, et notre alimentation n’est pas sérieusement menacée : la surpêche et le réchauffement climatique restent les menaces les plus lourdes. En revanche, localement, cela peut être dramatique. La méditerranée notamment, qui est une mer petite, fermée, est extrêmement polluée, et cela affecte là l'essentiel de la faune. Comme ces déchets de plastique sont surtout des emballages, nos comportements oui, peuvent faire la différence. Une autre inquiétude porte sur un très long terme : on sait que des espèces se déplacent, sur ces déchets de plastique, d’un continent à l’autre (289 nouvelles espèces ont été recensées en Amérique du Nord six ans après le tsunami), avec des maladies, des mélanges génétiques possibles dans le futur, dont on ne mesure pas les conséquences.