Renforcement de l'Union européenne : "Emmanuel Macron n'a jamais joué aussi gros"

SAISON 2018 - 2019
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Ce samedi, Catherine Nay décrypte les péripétie du Brexit, la fracture du couple franco-allemand et les conséquences pour Emmanuel Macron.

 

Bonjour Catherine,

Bonjour Bernard, bonjour à tous.

Brexit, c'est reparti pour un tour ! Programmé pour le 29 mars, puis le 12 avril, puis le 24 mai, le Brexit pourrait avoir lieu le 31 octobre, ou plus tard. Mais l'événement politique cette semaine, c'est que pour la première fois depuis le référendum de juin 2016, l'unité des 27 s'est fissurée et le couple franco-allemand est apparu désuni.

Ce qui s'est passé dans la nuit de mercredi à Bruxelles n'est pas une bonne nouvelle pour l'Europe. Il y a trois semaines, les 27 étaient encore sur une ligne de fermeté. Pas question de se laisser manœuvrer par Theresa May. Et puis ils ont changé d'avis. C'est que tout le monde a beaucoup à perdre avec un no deal, la rupture brutale et le rétablissement instantané des barrières douanières, ça coûterait très cher. Mais rien ne dit que les Anglais, qui ont été jusqu'ici incapables de trouver un accord depuis deux ans et demi, réussiront à se mettre d'accord d'ici le 31 octobre.

Donc, rien ne dit qu'à l'automne la Grande-Bretagne ne continuera pas son chantage au Brexit dur, car il n'y a plus de deadline, et peut-être même qu'il n'y en aura jamais. peut-être qu'ils ne partiront pas. Bref, l'incertitude se prolonge. Mais en attendant, les entreprises, les pays, doivent se préparer à toutes les éventualités.

Ce qui veut dire qu'en attendant le bon vouloir des Anglais, toutes les discussions pour renforcer l'Europe, pour qu'elle se protège face aux géants américain et chinois sont paralysées.

Ça, c'est le projet de renaissance européenne d'Emmanuel Macron, qui est arrivé mercredi soir tout feu tout flammes, affichant son impatience. Le Brexit ne devait pas bloquer cette ambition-là. Tandis qu'Angela Merkel faisait assaut d'amabilités envers Theresa May. Elle était prête à lui accorder un an de délai. Le vote se faisant à l'unanimité, Emmanuel Macron a accepté le compromis du 31 octobre. Il aurait pu opposer un veto, mais il ne l'a pas fait. C'est sûrement pour lui une désillusion. Il avait cru que la Chancelière profiterait des dernières années de son mandat pour se montrer ambitieuse pour accompagner une mutation de l'Europe.

En réalité, elle ne veut pas bouger. Pas d'ennui inutile, elle est figée. Elle n'a jamais répondu à la lettre qu'Emmanuel Macron lui avait adressée. Elle ne pense qu'à protéger l'industrie automobile allemande qu'un no deal mettrait en péril, côté britannique. Déjà que Donald Trump menace de surtaxer de 25% leurs exportations vers les Etats-Unis. Donc, pas d'histoire. Et la nouvelle leader de la CDU, Annegraët KrampKanbauer, dite AKK, ne dit pas un mot sur la zone euro. Elle n'a qu'une autre priorité, de politique intérieure : refaire l'unité de la droite et du centre.

Mais au fond, cette fracture du couple franco-allemand, ça arrange aussi les Européens.

La majorité des 27 souhaite au fond que l'Union reste plus ou moins dans l'état où elle est. Et ils sont plutôt contents que le Brexit coupe court aux discussions de fond sur l'évolution de l'Europe. Certains plaident même que si Emmanuel Macron est si dur contre Londres, c'est qu'il veut dissuader les populistes en France d'élaborer des plans Frexit. Il y a aussi les pays qui pensent qu'Emmanuel Macron n'a pas tort : l'Espagne, la Belgique. Si l'on veut que le mode de vie européen survive, il faut se renforcer, se protéger. Tous admirent sa grande énergie.

Mais il énerve aussi, par son ton : "c'est moi qui ai raison", sa façon de faire la morale. Mais voilà : Emmanuel Macron ne pourra rien faire sans les autres, et pour l'instant, il est très très minoritaire.

Il apparaît comme un homme un peu seul, ce qu'il est aussi aujourd'hui en France.

Question : y a-t-il pour lui un mauvais alignement des planètes ? Dans quelques heures, nous saurons ce qu'il a compris des messages des Français et quelles sont ses réponses. C'est le rendez-vous le plus important de son quinquennat. Jamais, depuis son élection, il n'aura été à ce point au pied du mur, jamais il n'a joué aussi gros. C'est pour lui, un quitte ou double !

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