Mouvement lycéen pour l'écologie : "On est fiers de les voir se mobiliser pour une cause aussi noble"

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Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Ce samedi, Catherine Nay décrypte le mouvement des lycéens pour l'environnement et le phénomène Greta Thunberg.

 

Bonjour Catherine,

Bonjour Bernard, bonjour à tous

De l'Australie au Canada, en passant par l'Europe, dans 123 pays des centaines de milliers de jeunes ont fait hier la grève de l'école. Leur combat : faire la leçon aux politiques pour leur inaction face au réchauffement de la Terre. Une histoire assez extraordinaire.

A Paris, les jeunes qui manifestaient étaient entre 30.000 et 40.000 et 190.000 sur toute la France. En Allemagne, c'était 300.000. Des lycéens dans la rue, on a déjà vu ça. Mais ils étaient toujours manipulés par des aînés. Et à des fins politiques, bien sûr, comme en 1986 contre la Loi De Vaquet. C'était pour eux, une bonne occasion de ne pas aller en cours. Mais là ce qui est nouveau, ce sont des ados qui font la leçon aux vieux, dans le monde entier. Au départ, il y a l'histoire inouïe de cette jeune Suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, 1,50 mètre, une bouille ronde, des nattes, on la verrait plutôt sauter à la corde dans une cours de récré. Comme Paris Match le raconte, en août, elle manifestait toute seule devant le Parlement suédois avec une pancarte en bois : "En grève pour le climat".

Et depuis, aidée de Twitter et d'Instagram, elle est connue du monde entier. Elle est devenue l'oracle planétaire. On lui tend le micro à l'ONU, ou au Forum de Davos. Elle a été reçue à l'Elysée par Emmanuel Macron, le 22 février. Atteinte du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme, qui s'accompagne de compétences intellectuelles hors norme. On l'admire évidemment et puis ça a quelque chose d'irréel. On a l'impression de vivre dans un film de science-fiction avec elle.

Et elle fait des adeptes !

Oui, surgissent dans le monde entier des leaders de son âge. Adeline Charlier, en Belgique. Ou ce Charlie de 14 ans, à Greoux-les-Bains, qui a tancé Emmanuel Macron : "Est-ce qu'on pourra acheter une autre planète avec de l'argent ?" Et là on voyait qu'il fustigeait l'ex-banquier de chez Rotschild. On l'a vu sur le plateau de C à Vous avec un autre phénomène : Victor Noël, 14 ans, cheveux longs, lunettes, gros comme une puce, qui depuis l'âge de 9 ans se désespère de la disparition des oiseaux, le clame sur les réseaux sociaux et qui parle avec l'autorité d'un professeur du Collège de France. "Est-ce que vous aimeriez être ministre de la Transition Ecologique ?" l'interroge Babeth Lemoine. Réponse : "Quand j'aurais l'âge de l'être, il sera trop tard !" On se disait la fin du monde, c'est pour demain !

Mais ce qui vous frappe, c'est le pessimisme de cette jeunesse.

Oui, ils ont peur. On est fiers de les voir se mobiliser pour une cause aussi noble et qui nous concerne tous. Greta Thunberg, qui a lancé la grève du vendredi, plaidait : "Pourquoi étudier, puisque nous n'avons plus d'avenir ?" Il ne faudrait pas non plus céder à la psychose et au catastrophisme et rétorquer au contraire : raison de plus pour étudier, pour s'adapter, pour inventer de nouvelles manières de produire en utilisant moins les ressources naturelles qui sont en baisse. Nouvelles variétés de blé, de vignes. On sauvera la planète avec de nouvelles inventions.

Au niveau de l'Europe, on peut se féliciter de l'accord qui a été signé il y a quelques semaines par Bruno Le Maire avec son homologue allemand pour construire des batteries au lithium liquide pour les voitures, afin de ne pas dépendre des Etats-Unis et de la Chine. Et pour les constructeurs automobiles, la maison brûle ! S'ils ne le font pas, il ne leur restera plus bientôt de production nationale que la carrosserie.

Rions un peu. Parce qu'il y a toujours des farfelus, comme cette enseignante en Normandie, qui s'est mise en grève jusqu'en juillet pour défendre la planète. Elle a d'ailleurs prévenu ses élèves avant les vacances de Pâques, et elle n'est plus revenue depuis. Mais elle est toujours payée au nom du droit de grève qu'elle revendique. Et que fait-elle ? Elle proteste. "Ça ne peut pas durer comme ça dit-elle". Mais imaginez que tous les enseignants fassent comme elle.

Et puis, la France n'est pas le pays le plus pollueur de la planète.

1% d'émissions de CO2. Les jeunes qui ont bloqué hier la Société Générale à La Défense auraient mieux fait de faire un sit-in devant l'ambassade de Chine ou des Etats-Unis. Ne pas oublier que le monde entier félicite la France d'avoir des centrales nucléaires. D'ailleurs, Emmanuel Macron a repoussé à 2035 la baisse de la part du nucléaire à 50%. Report qui avait d'ailleurs été enteriné par Nicolas Hulot. Mais l'objectif est d'atteindre 40% d'énergie renouvelable à l'horizon 2030. La France est devenue le premier exportateur d'électricité en Europe.

L'Allemagne, qui émet 8 fois plus de CO2 par kW/h que la France a pour première source de production électrique : 40% des renouvelables. Mais il n'y a pas de plan B lorsqu'il n'y a pas de soleil et pas de vent. Restent ces centrales à charbon, très polluantes. Le gouvernement a promis de les arrêter toutes d'ici 2038.

Conclusion : les jeunes s'impatientent, ils ont raison mais il ne suffit pas d'appuyer sur un bouton. Mais tout de même, on peut comprendre leur agacement.

Hier, l'Assemblée nationale a décalé de trois ans l'interdiction de fabriquer sur le sol français des pesticides vendus en dehors de l'Union européenne. Et l'Allemagne, de limiter les interdictions de circulation des voitures diesel en ville. Plaidant que c'est une atteinte à la liberté fondamentale des gens de circuler.