Grand débat : "Emmanuel Macron se donne à fond dans son opération reconquête"

SAISON 2018 - 2019
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Ce samedi, Catherine Nay décrypte la création d'une liste "gilets jaunes" pour les élections européennes à l'aube de "l'acte 11".

Bonjour Catherine,

Bonjour Bernard, bonjour à tous.

Aujourd'hui, "acte 11" des "gilets jaunes". Plusieurs manifs sont prévues dans la capitale. Il y aura même une nocturne organisée par Eric Drouet. Rebelote ?

Il y a quelques cartes qui bougent dans le jeu. D'abord, le succès du grand débat, auquel pas grand monde croyait. Il y a des centaines de réunion à travers la France et les citoyens viennent pour s'exprimer, écouter, échanger, dialoguer, marquer ses différences. Mais on se respecte, pas de violence. ce qui est très positif.

Lien de cause à effet : la cote du Président se redresse un peu, avec + 3 points dans le baromètre Odoxa. On voit surtout que ses gains les plus importants viennent de l'électorat de droite. Ses interventions marathon auprès des maires ont impressionné. Jeudi, dans la Drôme, il est sorti de l'entre-soi avec les élus pour s'inviter - surprise ! - dans une réunion de citoyens où il est resté trois heures à dialoguer avec eux. Il se donne à fond dans son opération reconquête.

A l'inverse, ses opposants dévissent.

Marine Le Pen perd 5 points. Est-ce pour avoir affirmé qu'en signant le traité franco-allemand, Emmanuel Macron allait rendre l'Alsace et la Lorraine à l'Allemagne et partager avec elle son siège au Conseil de sécurité de l'ONU ? Une absurdité. Jean-Luc Mélenchon chute de 3 points, victime de son tempérament trop querelleur ou de ses inepties sur le Venezuela. Le pouvoir Chaviste, qu'il admirait tant, est une dictature incompétente et corrompue. Et côté républicain, Laurent Wauquiez ne percute toujours pas dans l'opinion.

Et grande nouvelle, il y aura une liste "gilets jaunes" aux élections européennes.

Oui, avec en tête de liste, Ingrid Levavasseur, une aide-soignante de 31 ans, qui n'a pas peur. Elle a baptisé la liste "Ralliement d'initiative citoyenne", autrement dit, RIC ! "Quel culot ! elle nous vole notre identité" grondent les "gilets jaunes". La voilà percée de flèches, menacée, cible d'un déferlement de haine. Dès qu'une tête commence à dépasser, on la coupe ! Jacline Mouraud, qui voulait lancer un parti politique apolitique, a renoncé très vite parce qu'elle avait peur.

On a vu sur le plateau de l'émission la colère d'une autre "gilet jaune", du Nord, Mme Libéral, c'est son nom, qui l'accusait de trahir des milliers de gens apolitiques. Mme Levavasseur plaide qu'il faut intégrer le système pour peser et être entendue. Eric Drouet, qui parle de récupération abjecte, appelle à la grève illimitée le jour même où la CGT fait de même. Est-ce vraiment apolitique ? Besancenot l'applaudit. Mélenchon est toujours aussi fasciné par lui. "En me critiquant, ils font déjà de la politique", dit Mme Levavasseur.

L'extrême-droite voit dans cette liste un complot ourdi par la macronie pour l'affaiblir.

Il est sûr que Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan, qui ont tellement soutenu et encouragé les "gilets jaunes", pourraient être les premières victimes d'une liste "gilets jaunes". D'ailleurs depuis, on ne les entend plus flatter ces rebelles...Et ils ne sont pas seuls. La France Insoumise s'inquiète aussi. C'est vrai que l'exécutif se frotte les mains.

Et puis autre variation saisonnière : le soutien des Français aux "gilets jaunes" est en nette diminution.

En novembre, 66% des Français interrogés souhaitaient que le mouvement se poursuive. Aujourd'hui, 51%. C'est beaucoup, mais faites le test autour de vous : beaucoup commencent à dire "y en a marre". Demain, les foulards rouges défileront, la marche républicaine des libertés. En clair, c'est un soutien au gouvernement. Soit il y a beaucoup de monde, et on soulignera alors le clivage entre deux France au moment où le Président doit, au contraire, réunir. Soit c'est un bide, et ce ne sera pas bon pour l'exécutif.

Il reste une peur, tout de même.

Oui, que ce débat se termine en queue de poisson et que le Président ne transforme pas les colères en solutions, comme il l'a promis dans sa lettre.

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