Européennes sur fond de tensions du couple franco-allemand : "C'est un jeu de plaques tectoniques"

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Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Ce samedi, Catherine Nay décrypte la campagne des européennes à huit jours du scrutin.

Bonjour Catherine,

Bonjour Bernard, bonjour à tous.

J-8 pour les élections européennes et l'on a l'impression que la campagne n'a pas commencé. Pourtant, le moment est historique avec la montée des populismes et du scepticisme sur l'avenir de l'Europe.  Emmanuel Macron, qui se pose en rempart contre le Rassemblement National et chantre de la refondation de l'Europe, risque gros. Et en plus, le couple franco-allemand grippé. dur, dur !

Ces élections européennes se déroulent dans une configuration singulière. Chaque pays est perturbé au plan intérieur. Malgré son taux de chômage autour de 4% et ses excédents commerciaux, l'Allemagne est inquiète. La croissance est en berne, la production industrielle aussi. L'Amérique de Trump est devenue l'ennemie de l'industrie automobile. Il y a aussi le rachat par Bayer, 1er groupe pharmaceutique et agrochimique du semencier américain Monsanto, tourne au cauchemar. Merkel est en fin de course.

Dans les landers de l'ex Allemagne de l'Est, on note une montée de la xénophobie et du racisme. Après avoir subi le nazisme et le communisme, les habitants ne supportent pas que l'Allemagne ait ouvert aussi grand les bras aux immigrés. Ajoutons : l'Italie est en récession, la Pologne bouleversée par un scandale de pédophilie dans l'Eglise, ce qui risque de pénaliser le parti au pouvoir. La France a les gilets jaunes, etc, etc.

Vous voulez dire que le climat est peu propice à l'audace, ce qui expliquerait la mauvaise humeur de d'Angela Merkel à l'égard du Président français.

"Au début de toutes choses, il y a un charme", disait-elle de façon poétique lorsqu'Emmanuel Macron est devenu Président. Un charme qui, en l'occurrence, est un peu rompu. Elle reconnait avoir avec lui des confrontations. Et puis il y a des temporalités et des mentalités différentes. Pour tout dire, il l'agace. Il faisait assaut de propositions quand elle était occupée à bâtir sa coalition pour gouverner. Il la bouscule, ce dont elle a horreur.

"Mais la confrontation est féconde", réplique le Président. Depuis deux ans, le couple n'a pas été complètement stérile. En janvier, le Traité d'Aix la Chapelle liste 15 projets prioritaires, dont un réseau franco-allemand de recherches et d'innovations. Il y a une décision signée de construire en commun un avion de combat, un char, des drones, des batteries électriques pour l'automobile. C'est signé, y a plus qu'à. C'est pas fait ! C'est l'inertie allemande, déplore-t-on côté français.

Mais du côté allemand, on réplique qu'il y a aussi de l'inertie côté français.

Angela Merkel s'exaspère de voir que la France n'arrive pas à combler l'écart économique entre les deux pays, à réduire ses déficits, à faire des réformes structurelles. Elle a connu 4 Présidents français - Messieurs Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron. Sur ces chapitres-là, rien n'avance. Et puis, pour ces élections européennes, la Chancelière et le Président français sont rivaux. Angela Merkel voudrait maintenir intacte au Parlement européen la force du PPE, dont la CDU, son parti, est la clé de voûte. Elle a même déjà choisi le candidat pour présider la Commission Européenne. C'est son allié bavarois : Mandfred Weber.

Macron, non seulement dit "pas question de Mandfred Weber", mais défie la Chancelière car il compte créer un nouveau groupe avec les libéraux et fédéralistes d'Alde pour devenir le rassemblement pivot autour duquel tout pourrait se recomposer. Il espère au fond réussir au Parlement européen ce qu'il a fait en France : faire exploser les vieux partis.

Le PPE et le groupe SD, socialiste, qui dominent le Parlement depuis toujours devraient perdre leurs capacités à former une majorité à eux seuls et à passer des compromis. Mais ils devraient rester quand même incontournables.

C'est un jeu de plaques tectoniques. Emmanuel Macron va-t-il réussir son pari ? Question : de quel poids va peser la France à travers sa vingtaine d'élus dans ce parti charnière ? Les experts sont divisés. Certains avancent : ils n'obtiendront aucun poste de Commission ni de coordinateur. Quand d'autres disent : au contraire, ce seront des faiseurs de rois. En tout cas, Macron ne veut pas de Mandfred Weber, que soutient la Chancelière. Mais par ricochet, le Français Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit, a peu de chances de devenir Président de la Commission Européenne. Petite vacherie entre amis !