Emmanuel Macron : un cas unique en politique

SAISON 2015 - 2016
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Emmanuel Macron est le seul homme politique à recueillir une opinion majoritairement favorable à gauche et à droite, ce qui se révèle être pour lui une situation assez inconfortable.

W.B. : Emmanuel Macron est le seul homme politique a recueillir une opinion majoritairement favorable à gauche et à droite. Ce qui se révèle être une situation très inconfortable.Ces dissensions avec Manuel Valls sont publiques. Il se murmurait en décembre que le ministre de l'économie songeait à quitter le gouvernement. Le prochain remaniement sera t-il l'occasion d'une clarification, d'une promotion ?

C.N : En tout cas c'est un fait : prononcer son nom en quelques compagnies où vous vous trouvez et aussitôt les visages s'éclairent. Emmanuel Macron a le don de séduire. Il créé une alchimie singulière, à la fois intellectuelle, physique... Il secrète de l'optimisme, de l'audace, de la liberté, parce qu'il parle sans tabou ni posture et bouscule tous les dogmes,  laisse croire que la réforme est possible en ce pays bloqué. C'est un cas unique.

W.B. : Mais etre chouchou des sondages n'est pas une sinécure ?

C.N : Sa popularité rejaillit sur le gouvernement mais on lui met des bâtons dans les roues. Prenez sa loi Macron, vaste fourre-tout qualifié de coup de jeune par François Hollande. Il ne faut pas oublier comment le ministre s'est battu au Parlement pour expliquer, débattre, écouter les parlementaires, prendre son temps pour convaincre. Mais en choisissant de faire passer cette loi avec le 49.3, c'est à dire sans vote, officiellement pour éviter un sabotage des frondeurs. En réalité, pour montrer à Bruxelles combien le gouvernement était courageux d'imposer une loi si novatrice à une majorité rétive alors qu'il aurait suffit que François Hollande passe quelques coups de fil pour obtenir satisfaction. En tout cas, Emmanuel Macron a été privé d'un sacre politique. Promulgués en aout, les deux tiers des décrets d'application de sa loi ne sont toujours publiés comme le voudrait pourtant la règle. A Bercy on traine les pieds.

W.B. On annonçait une loi Macron 2... il n'y en aura pas.

C.N : Emmanuel Macron avait préparé une série de mesures mais celles ci sont ventilées dans d'autres textes. Récemment, il déplorait des pré-arbitrages qui atténuait la portée de certaines de ses propositions. Et c'est la ministre du travail, Myriam El Khomri qui sera chargée de les défendre au parlement. Macron gêne. Il faut dire qu'il lui arrive de prôner l'inverse de ce que fait le gouvernement, auquel il appartient... Lors de ses voeux, il affirmait que l'emploi ne se créé pas par décret et la prérogative des entreprises, ce qui tombe sous le sens. Sauf qu'en 2015, il s'est créé plus d'emplois par contrat aidé, c'est à dire des décrets gouvernementaux que par des entreprises...

W.B. Donc Emmanuel Macron gêne ?

C.N : Il est devenu le révélateur absolu des contradictions de ceux qui l'ont nommé. Sur la palette, il est une couleur dont François Hollande aura besoin en 2017, sans pour cela être prêt à valider ces propositions que lui même juge souvent trop audacieuses. Le ministre Emmanuel Macron parle plus aux adversaires de la gauche qu'aux partenaires de la gauche, ceux qui croient que le socialisme des années 70 n'est pas périmé. Quant à Manuel Valls, comment ne pas voir en Macron un obstacle sur sa route, demain, après demain, il pourrait être un concurrent...

W.B. Et l'agacement du premier ministre... il est palpable...

C.N : D'autant plus qu'il l'exprime lors de ses voeux à la presse, confirmant ses arbitrages sur les 35 heures défavorables au ministre, il a déclaré : dans la vie politique il faut mettre de côté un certain narcissisme, un certain égocentrisme pour se consacrer essentiellement à l'intéret général... Un beau scud... mais trois jours plus tard, Stéphane Le Foll porte parole du gouvernement, en remettait une couche en parlant de lui comme un voltigeur flamboyant à côté des grenadiers cohérents parmi lesquels le ministre se rangeait... Autre brimade : Emmanuel Macron s'est vu interdire par Matignon de débattre avec Nicolas Sarkozy jeudi soir sur France 2 alors que le ministre rêvait de cette confrontation qui aurait surement boosté l'audience... mais le ministre risquait d'en tirer un bénéfice qui n'aurait pas rejailli forcément sur le gouvernement...

W.B. Alors, quid de l'avenir politique du chouchou des sondages ?

C.N : Il poursuit son chemin... Lui qui décelait des origines franco françaises dans les tentations terroristes djihadistes,  ce qui avait fait bondir Manuel Valls,  est passé aux travaux pratiques. Hier, il organisait à Bercy une rencontre entre 1.000 jeunes diplomés issus de la diversité et en recherche d'emplois et 500 entreprises volontaires. Son espoir : si chacune "des entreprises embauchent des jeunes, tous ceux qui sont ici aujourd'hui auront un travail"... La ministre du travail s'était invitée in extremis... On l'aime Macron mais dans le fond on ne sait pas si demain il sera un soleil régnant ou si son destin est celui d'une étoile filante.

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