3:03
  • Copié
, modifié à

Chaque samedi, Catherine Nay, remplacée cette semaine par Jean-Rémi Baudot, a carte blanche pour décrypter un fait politique qui a marqué la semaine.

Jean-Remi Baudot, Emmanuel Macron veut accélérer le tempo en vue de 2022.  

Pierre, prenez votre calendrier : la prochaine élection présidentielle est dans 450 jours. Le temps presse, surtout pour un président sortant qui souhaiterait se représenter. Il faut donc que les prochains mois sont actifs. Lors du dernier séminaire gouvernemental, Emmanuel Macron l’a dit sans détour. Une ministre m’a rapporté ses propos : "on a énormément fait, mais ça ne sera jamais suffisant tant que les gens ne le verront pas dans leur quotidien". Il est temps d’être efficace. 

Voilà pourquoi, depuis plusieurs semaines, les mesures doivent être visibles. Le marketing politique est poussé au maximum. Les rares déplacements du président sont dédiés à des annonces marquantes. Prenez depuis le début du mois. Les étudiants sont en difficulté ? Deux repas à un euro par jour pour tous ! Il y a des impayés pour les pensions alimentaires ? La CAF s’en charge. Sur tous les sujets, le président veut désormais des actions quasi-palpables, du très concret sur lequel il pourra s’appuyer le moment venu.

Ça veut dire que les milliards du plan de relance, le "quoi qu’il en coûte", ne paie pas politiquement ? 

Cela veut dire que tant que l’école de vos enfants n’aura pas été rénovée, avec pendant des mois une bâche "France Relance" sur l’échafaudage, vous n’avez pas l’impression que c’est réel. C’est donc ça "l’obsession" du président, que ses actions soient visibles.

Lors d’un déplacement dans l’Eure mardi, il nous explique que "le plan de relance doit arriver vite, fort, il doit être tangible". Les ministres sont donc poussés pour aller le plus possible sur le terrain, pour expliquer, montrer, démontrer que le plan de relance est une réalité. Que, par exemple, la rénovation des bâtiments, vous aussi, vous y avez droit.

"On est dans une crise sans précédent mais la vie continue", me confiait cette semaine une ministre. Emmanuel Macron veut montrer qu’il est au boulot. Et ce plan de relance, doublé du fameux "quoi qu’il en coûte", tombe finalement assez bien. Le président peut quasiment dépenser sans compter et espérer en récolter les fruits. 

Mais l’accélération voulue par le président, elle n’est si simple que ça ? 

Evidemment pas. A cela plusieurs raisons. La première, c’est le Covid. Difficile de se projeter à plus de sept à dix jours. Il y a aussi la réalité de nos lourdeurs administratives, les complexités de notre procédure. Et puis, il y a une réalité politique : celle d’un parlement qui n’a plus beaucoup de temps pour légiférer, et encore moins pour que les réformes rentrent en vigueur avant 2022.

Il faut donc sélectionner, aller encore une fois au plus efficace, au plus symbolique, au plus visible. La loi séparatisme, la loi climat avec les propositions de la convention citoyenne : voilà le haut du panier. C’est politiquement très attendu. La réforme du grand âge, les retraites, la proportionnelle : c’est presque mission impossible. Mais vous voyez bien ce qu’il y a derrière ce volontarisme affiché. Emmanuel Macron veut envoyer aussi le signal que la crise ne sera pas éternelle et c’est peut-être important pour notre moral à tous. 

On va donc beaucoup entendre Emmanuel Macron rappeler ses réformes. 

Oui, c’est probable. Il faut bien comprendre que le Covid a fait voler en éclat le quinquennat, éparpillé façon puzzle. Donc, les efforts déployés sur l’emploi, sur la compétitivité, les baisses d’impôts, paraissent loin. Qui se souvient des ordonnances travail, de la suppression de la taxe d’habitation, de la réforme de la SNCF ? 

Il reste quelques mois au président pour rassembler les pièces du puzzle. C’est donc la dernière chance pour lui de prouver qu’il est bien le réformateur qu’il avait promis d’être. Il lui faudra rappeler que la crise n’a pas tout effacé, que les Français ont été protégés et soutenus financièrement. Vous savez, une phrase, attribuée (en réalité) à Alain Juppé, revient régulièrement en macronie : "on n'est pas élu sur un bilan, mais si le bilan est mauvais, on ne gagne pas". Cette phrase, Emmanuel Macron l’a probablement bien en tête actuellement.