Allemagne : Angela Merkel paie cher sa politique d'ouverture

SAISON 2015 - 2016
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Catherine Nay pose en son regard en Allemagne, sur Angela Merkel, qui fait face à une crise intérieure en raison de sa politique d'ouverture aux réfugiés.

Avec un chômage au plus bas, la chancelière aurait dû le 29 novembre dernier fêter l'anniversaire de ses dix années au pouvoir dans une certaine euphorie. Mais les vents ont tourné. Celle que les allemands surnomment "Mutty" (la mère) n'est plus leur personnalité préférée. Elle a perdu 30 points de 84% d'opinion positive, elle est passée à 54% et se classe désormais à la 4e place. C'est Wolfgang Schäuble, numéro 1, influent ministre des finances, qui a osé comparer son accueil illimité de syriens à une avalanche commise par un skieur imprudent et qui risque de tout emporter. L'attaque est on ne peut plus claire.

La grogne s'installe dans le pays, la famille conservatrice CDO et CSO est en forte baisse dans les sondages, tandis que le parti de droite populiste AFD recueille plus de 10% d'opinion positive, un bond de plus de 6 point en quelques mois. L'AFD, qui organise des manifestations anti migrants chaque semaine, et qui demande la démission de Merkel. Celle qui passait pour la femme la plus accueillante, la plus puissante d'Europe est désormais sur la défensive. Un hebdomadaire allemand s'interroge : est-ce le début de la fin ?

Alors que le congrès de la CDO a lieu dans quelques jours à Karlrou, elle va affronter une rébellion sans précédent dans son parti. Les deux poids lourds de son gouvernement, Schäuble et Thomas de M, mèneront la danse. Y a-t-il un risque de putsch ? Il faudrait que tous les barons se liguent contre elle, proposent un nom pour la remplacer, mais l'Allemagne est dirigée par une coalition et le SPD qui soutient Merkel n'accepterait jamais Schäuble comme chancelier, c'est sa chance. La CSO bavaroise l'accuse d'avoir perdu le sens des réalités. Le droit d'asile n'a pas de limites, disait-elle en septembre, et elle a ouvert les vannes sans consulter personne. On estime à 1 million le nombre de réfugiés qui seront arrivés en Allemagne cette année, mais on ne connait pas le chiffre des demandeurs d'asile. L'administration qui les enregistre est débordée. A Berlin, on ne sait plus où les loger, 500 personnes arrivent encore chaque jour. Il y a de gros problèmes d'organisation, et l'armée doit intervenir pour installer des camps de fortune où les migrants s’entassent et se battent entre eux car les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles, et les bénévoles, si enthousiastes en septembre pour apporter de l'aide, pallier les insuffisances de l'administration, sont exténués. 250 maires ont écrit à la chancelière pour lui dire qu'ils ne peuvent pas remplir leur mission, les länder ont atteint leur capacités limite d'accueil, il manquerait donc 370 000 places d'hébergement d'ici la fin de l'année.

 

Face à tout cela, Merkel peut-elle rebondir ?

Ce sera difficile mais elle ne veut pas perdre la face, ni renoncer à ses convictions : le droit d'asile est inscrit dans la Constitution, répète-t-elle. "Nous arriverons" est son mantra depuis septembre, mais beaucoup d'allemands jugent à présent qu'on y arrivera pas. Depuis deux semaines, elle commence à faire machine arrière, avec des contrôles aux frontières, des expulsions accélérées de demandeurs déboutés, des renvois de syriens dans les pays d'entrée de l'Union, s'il ne s'agit pas de la Grèce, elle s'est aussi rendue en Turquie pour demander l'aide du Président Erdogan en échange de quoi l'Europe apportera 3 milliards d'euros. Mais qui va payer, ce n'est n'est pas encore très clair. Les européens doivent trouver une réponse commune, dit la chancelière, invoquant la solidarité, à quoi le président du Conseil Européen, Donald Tusk, rétorque : "Ce n'est pas un problème de solidarité mais de capacité européenne". En clair, les européens ne peuvent supporter le choc d'une décision unilatérale. Quand Angela Merkel joue la fin de son mandat et sa réélection en 2017, sur le pari d'une chute rapide du nombre d'arrivées en Allemagne et sur le partage équitable entre européen, le pari est risqué. La reine Merkel pourrait donc un jour perdre sa couronne.

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