EDITO : "Le scandale du Congo"

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La photo de Paris Match est une chronique de l'émission Europe Matin - Week-end - 6h-9h
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Chaque samedi, François Clemenceau, rédacteur en chef au "Journal du dimanche", revient sur un événement international.

Ce samedi, on va s’intéresser à ce qui se passe en République démocratique du Congo. On aurait dû y voter demain pour élire un nouveau président après deux ans d’attente et voilà que le scrutin est à nouveau reporté...

Reporté d’une semaine, et sous prétexte que le gouvernement veut que tout se passe dans les meilleures conditions et dans la transparence, mais cela fait tellement longtemps que les Congolais attendent que l’opposition voit dans ce report rien de plus qu’une énième tentative du pouvoir de Joseph Kabila de s’accrocher ou de favoriser celui qu’il a désigné comme dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary, ex-ministre de l’Intérieur, sanctionné par l’Union européenne pour avoir fait tirer sur la foule lorsqu’elle protestait il y a deux ans et encore l’an dernier contre le report des élections.

Pour qu’on sache bien de quoi on parle, nous sommes là au Congo-Kinshassa, l’ex Zaïre de Mobutu, un pays cinq fois plus grand que la France, immensément riche dans ses sous-sols qui regorgent de toutes les matières premières et minerais devenus indispensables pour la fabrication de nos téléphones portables et ordinateurs. Un pays où depuis le départ des colons belges, aucune arrivée ou succession au pouvoir ne s’est faite sans violence, qu’il s’agisse d’assassinat, de putsch ou de fraude.

Il faut dire aussi que c’est un pays en guerre…

Oui, et ce pourrait être une circonstance atténuante, parce que qui dit immense pays dit tentative de sécession, et chaque région, en fonction de son ethnie dominante et de ses ressources a essayé de s’émanciper, qu’il s’agisse du Katanga, du Kasaï ou du Kivu. Si vous avez lu Le Chant de la mission de John Le Carré, vous avez alors touché de près comment le pouvoir central, les élites locales, les tribus frontalières, les puissances régionales voisines rivales comme l’Ouganda ou le Rwanda, toutes ces entités essayent de s’accaparer par la force le contrôle des richesses.

Et prétendre que les grandes sociétés de courtage des métaux précieux, les États qui les abritent et les mercenaires qu’elles payent ne sont pour rien dans ces horreurs revient à se voiler la face. C’est précisément parce que le pays est si divisé qu’y entretenir la surenchère et l’insécurité pour se maintenir au pouvoir est une circonstance aggravante pour Joseph Kabila.

Oui mais là, ça y est, il va partir…

Ce n’est pas sûr, parce que si son dauphin est élu, le système en place se perpétuera. C’est ce que redoutent l’opposition, qui a le malheur d’être elle aussi divisée, l’Église catholique qui a tout fait pour servir de médiatrice, les ONG et les Nations-Unies qui portent à bout de bras ce pays dont le seul titre de gloire récent revient au fameux Docteurr Mukwege, ce formidable médecin congolais qui soigne les femmes violées par les barbares de ces guerres instrumentalisées, et qui vient de recevoir le prix Nobel de la paix. Un saint en enfer en quelque sorte.