L’immigration au menu de l'apéro Fesneau

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L'opinion de Nicolas Beytout est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Alors que la rentrée s'annonce chargée pour Emmanuel Macron avec la réforme des retraites, les manifestations, la loi de bioéthique et désormais l'augmentation du prix de l'essence qui avait déjà enflammé les Gilets jaunes il y a un an, le président a également décidé de poser la question de l'immigration sur la liste des sujets à traiter.

Il y avait du beau monde ce lundi soir au ministère des Relations avec le Parlement puisqu’Emmanuel Macron est venu en personne participer à ce raout de rentrée avec les membres de sa majorité.

Le Président de la République ne s’était invité dans ce genre de rencontre king size qu’à deux reprises depuis son élection. La première fois en pleine affaire Benalla et la deuxième au plus fort des violences des Gilets jaunes. Chaque fois, il avait fallu remonter le moral de sa majorité, resserrer les rangs et faire front.

Cette fois, l’objectif c’était la réforme des retraites ?

Oui, bien sûr, car là aussi il faut rassurer. La nature d’un parlementaire c’est d’être souvent inquiet. Mais la nature d’un parlementaire inexpérimenté comme le sont beaucoup d’élus de La République en Marche, c’est d’être toujours inquiets. Et les sujets ne manquent pas avec les retraites, les manifestations qui vont se multiplier, les derniers épisodes judiciaires avec la mise en examen du président de l’Assemblée nationale ainsi que le prix de l’essence qui vient de faire irruption dans l’actualité. Le prix à la pompe va augmenter et on sait ce qu’il en a coûté politiquement il y a un an. Sur tous ces points, il est indispensable que la majorité soit calée sur un discours qui lui permettre cette fois de tenir le choc.

Un peu plus tard dans la soirée, il y avait une autre rencontre. Un dîner était organisé à Matignon autour d’Édouard Philippe.

Avec un sujet lui aussi ultra-sensible : la loi bioéthique, et notamment la PMA pour toutes les femmes. Mais là, Emmanuel Macron a fait un choix très intéressant : pas de vade mecum du combat politique. Au contraire, tout faire pour apaiser le débat. Alors qu’il était encore candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron, avait dénoncé la méthode suivie par François Hollande pour imposer le mariage pour tous. Une partie de la France avait été "humiliée", avait-il expliqué, provoquant pas mal de remous chez les fans de Christiane Taubira. Le chef de l’État pense la même chose sur la PMA pour toutes les femmes. Pas de combat de valeurs, pas de fracture entre deux France. Il ne faut pas choquer avec cette évolution considérable du droit et des interdits.

Tant qu’à faire des paris, Emmanuel Macron a aussi parlé immigration devant les parlementaires ?

C’est assez osé de sa part, il veut imposer ce sujet à sa majorité et lui faire comprendre que c’est une préoccupation essentielle des Français, même si elle n’est pas remontée précisément du Grand débat. Le chef de l’État est convaincu, et il a raison, qu’une partie de la prochaine présidentielle se jouera là-dessus et qu’il ne faut surtout pas la laisser à Marine Le Pen. Il est convaincu que sa majorité doit s’ouvrir et s’extraire des postures de gauche. Ça va secouer dans les rangs, mais il veut faire de la triangulation, c’est-à-dire prendre à l’adversaire un sujet et se l’approprier. Exactement ce qu’avait fait Nicolas Sarkozy avec la double peine, ce qui avait grandement contribué à sa conquête de l’Élysée.