206 postes en plus dans la fonction publique en 2018 : "On pourrait parler d’un gag si le sujet n’était pas préoccupant"

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Chaque samedi et dimanche, Nicolas Beytout, directeur du journal "L'Opinion", donne son avis sur l'actualité de la semaine.

 

Vous n’avez pas aimé un chiffre : 206. Pourquoi ? A quoi correspond ce "206" ?

Il correspond à l’augmentation du nombre de postes dans la fonction publique : l’an dernier, les effectifs de l’Etat ont été augmentés de 206 postes. C’est ce qu’on vient d’apprendre à la lecture du rapport de la Cour des Comptes sur l’exécution budgétaire 2018.

"Exécution budgétaire"… ce qui veut dire ?

Tous les ans, la Cour des Comptes passe au scanner la manière dont l’Etat a tenu ses engagements budgétaires, exactement comme une entreprise soumet ses comptes à l’approbation d’un expert-comptable, ou à un commissaire aux comptes. C’est important budgétairement : il s’agit de vérifier si les règles de comptabilité publique ont été respectées, si les sommes récoltées par l’Etat au travers des impôts et des taxes ont été utilisées comme la puissance publique s’y était engagée. Et puis c’est important politiquement, car c’est un peu un brevet de bonne gestion qui se joue là. Souvenez-vous : lors des derniers budgets de François Hollande, la Cour des Comptes avait parlé d’insincérité des comptes.

Ça n’a l’air de rien, mais en termes diplomatiques, ça signifiait que l’ancien chef de l’Etat et son ministre des Finances, Michel Sapin, avait tout simplement menti sur les comptes, ou dissimulé, ou arrangé une partie de la réalité. Ce qui n’est pas neutre politiquement. Bon cette fois, la Cour des Comptes dit que l’exécution budgétaire a été sincère.

Et ces fameux 206.

Ils sont le symbole de l’incapacité de l’Etat français à réduire le poids de sa fonction publique. C’est incroyable, on pourrait même parler d’un gag si le fond du sujet n’était pas en vérité très préoccupant. Il y a deux ans, la campagne électorale venait de se terminer, Emmanuel Macron avait été élu sur un programme beaucoup plus light que celui de François Fillon en ce qui concerne la réduction du nombre des fonctionnaires. Le candidat Fillon promettait 500 000 suppressions d’emplois, ce qui faisait hurler au massacre tous ses adversaires politiques (et quelques-uns de ses amis aussi, d’ailleurs). Emmanuel Macron, lui, s’était engagé sur 120.000 suppressions de postes sur 5 ans, 50.000 dans les effectifs de l’Etat, et 70.000 dans les collectivités locales.

Et aujourd’hui, on en est loin.

Tellement loin que l’on ne parle plus de suppression de postes mais de création. On avait un peu souri en voyant que le budget 2018 n’avait prévu à l’origine que 324 suppressions de postes (c’était un sourire jaune : l’objectif du quinquennat devenait hors d’atteinte). Mais voilà, Emmanuel Macron a depuis quasiment abandonné cet objectif, et on vient même de comprendre qu’il l’a inversé : 206 fonctionnaires de plus.

C’est l’effet "gilets jaunes", bien sûr.

Oui, la nécessité de mailler le territoire, les besoins scolaires, la sécurité aussi. Ok, mais pourquoi ne pas redéployer des postes, les supprimer ailleurs pour les créer là. Ça n’est pas grave, on n’est pas à 206 postes près, diront certains. Exact, sauf que depuis 40 ans, avec ce genre de raisonnement, on en arrive à avoir un Etat qui dépense tellement d’argent public qu’il est à sec, obligé d’emprunter pour faire ses fins de mois à partir de septembre.