Alors que le gouvernement étudie plusieurs pistes pour financer la Sécurité sociale, l'hypothèse d'une taxation de l'épargne salariale suscite de vives réactions. Si le Premier ministre Sébastien Lecornu assure qu'il s'agit d'un mensonge, Philippe Crevel, directeur général du Cercle de l'épargne, est revenu sur cette éventualité qu'il juge contradictoire avec les politiques menées ces dernières années.
L'idée a provoqué un vif débat et Matignon a dû mettre le holà. Selon les informations révélées par Les Échos, Bercy aurait examiné la possibilité de soumettre une partie de l'épargne salariale aux cotisations sociales afin de contribuer au financement de la Sécurité sociale. Si Sébastien Lecornu affirme que c'est faux, la perspective a immédiatement suscité l'inquiétude de nombreux acteurs économiques.
Invité d'Europe 1 Matin, Philippe Crevel n'a pas caché son opposition. Pour le directeur général du Cercle de l'épargne, une telle mesure constituerait une rupture avec la stratégie suivie depuis plusieurs années. "La taxation de l'épargne salariale, c'est une incohérence", affirme-t-il.
Une politique publique encouragée depuis plusieurs années
Selon Philippe Crevel, plusieurs réformes ont cherché à favoriser l'épargne salariale ces dernières années, notamment la loi Pacte de 2019 et la loi Industrie verte. L'objectif poursuivi était double : soutenir le financement de long terme des entreprises et encourager le partage de la valeur entre employeurs et salariés.
"L'épargne salariale est un moteur important du financement long des entreprises", rappelle-t-il au micro de Dimitri Pavlenko. À ses yeux, ce type d'épargne permet de financer l'innovation, la recherche et l'investissement, tout en associant davantage les salariés aux résultats de leur entreprise.
Le responsable du Cercle de l'épargne estime donc qu'un durcissement fiscal reviendrait à remettre en cause les fondements mêmes de cette politique. "On décide de faire une volte-face, un tête-à-queue en décidant de taxer l'épargne salariale", déplore-t-il.
Des effets contestés sur les salaires
Les défenseurs de la mesure avancent un autre argument : encourager les entreprises à privilégier les augmentations de salaire plutôt que les primes ou les dispositifs d'intéressement. Une logique que Philippe Crevel accueille avec scepticisme.
"Je ne suis pas sûr qu'en taxant l'épargne salariale, les entreprises augmentent les salaires", explique-t-il. Selon lui, le lien entre les deux mécanismes est loin d'être automatique. S'il reconnaît la nécessité d'améliorer le pouvoir d'achat, il considère qu'une hausse de la fiscalité sur l'épargne salariale ne garantit en rien des rémunérations plus élevées.