Suicides à France Télécom : "On s'imaginait qu'en dix ans, les choses changeraient"

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Lundi s'ouvre le procès des ex-dirigeants de France Télécom pour "harcèlement moral" après la vague de suicides à la fin des années 2000. Depuis, les progrès sur la gestion du stress au travail sont très faibles, estime le psychiatre Patrick Légeron sur Europe 1.
INTERVIEW

Il y a plus de dix ans, France Télécom était marquée par une vague de suicides sans précédent. Entre 2008 et 2009, 35 salariés se sont donné la mort, pour certains sur leur lieu de travail. D'autres salariés ont souffert de dépression. Le tout dans un contexte où l'ancien PDG, Didier Lombard, appliquait un plan de restructuration extrêmement violent : faire partir 22.000 personnes sur 120.000 salariés.

 

Jean et Robert Perrin travaillaient chez France Télécom. Jean se bat aujourd'hui en mémoire de son frère :



Lundi s'ouvre le procès des ex-dirigeants de France Télécom pour "harcèlement moral". Patrick Légeron, psychiatre et fondateur de Stimulus, un cabinet de conseils aux entreprises, attend de ce procès que se déclenche "un deuxième électrochoc" dans le monde du travail. Après la vague de suicides - premier électrochoc - le monde du travail a été "brutalement interpellé." "On s'imaginait qu'en dix ans, les choses changeraient. Malheureusement, peu de choses ont été faites, et la France est toujours considérée comme extrêmement en retard dans la prévention du stress, des risques psycho-sociaux et de la gestion humaine des changements", observe le spécialiste au micro de Pierre de Vilno et Raphaëlle Duchemin, lundi sur Europe 1.

Un management "désastreux à l'égard des salariés"

"Nous avons l'une des formes de management les plus désastreuses à l'égard des salariés. Nous manquons de reconnaissance, et le manager est beaucoup plus vu comme quelqu'un qui vous flique, que comme quelqu'un qui vous aide en cas de difficulté. Il faut que les pratiques managériales évoluent considérablement", exhorte Patrick Légeron. En France, de très timides progrès ont été faits en dix ans. La souffrance psychologique au travail "est à l'agenda de toutes les entreprises, des partenaires sociaux, des médecins du travail. Mais on est dans du faux semblant, on bricole, il n'y a pas d'actions d'envergure."

Une fois ce piètre constat dressé, de qui faut-il s'inspirer pour améliorer la santé psychique des salariés ? "Dans les pays d'Europe du Nord, la prise de conscience que le monde du travail et ses grands bouleversements pouvaient impacter sérieusement la santé psychologique s'est faite dès la fin des années 70", note le psychiatre. 

Europe 1
Par Anaïs Huet