Alors qu'une station-service sur cinq serait en rupture d'au moins un carburant et que les files d'attente se multiplient dans certaines enseignes, le spécialiste des questions énergétiques Thierry Bros estime qu'il ne s'agit pas d'une pénurie nationale. Selon lui, ces tensions s'expliquent avant tout par les écarts de prix à la pompe et le comportement des consommateurs.
Pour Thierry Bros, les difficultés observées dans certaines stations-service - conséquences de la hausse exponentielle des prix du carburant - ne doivent pas être confondues avec une pénurie généralisée. "Le problème de pénurie il est pas du tout au niveau français", affirme le professeur à Sciences Po sur Europe 1 au micro d'Alexandre Le Mer. Selon lui, la situation est liée aux différences de prix entre les réseaux de distribution.
Dans les stations où les tarifs sont plafonnés - celles de TotalEnergies - les automobilistes se concentrent massivement, provoquant des ruptures ponctuelles. "C'est dans ces stations-là que vous avez un problème de pénurie", explique-t-il. L'économiste souligne que la hausse des prix a parallèlement réduit la consommation, contribuant à maintenir l'équilibre entre l'offre et la demande à l'échelle nationale.
"L'équilibre offre/demande fait qu'il n'y a pas de pénurie"
Le spécialiste rappelle que les tensions actuelles se situent davantage en amont de la chaîne d'approvisionnement, du côté du raffinage mondial. Plusieurs raffineries au Moyen-Orient sont affectées par les conflits dans la région, tandis que des installations russes sont régulièrement visées par des attaques, relève-t-il. Malgré ce contexte, il juge crédibles les propos du gouvernement assurant qu'aucune pénurie nationale n'est à prévoir à court terme. "C'est réaliste", affirme-t-il à propos de cette analyse.
Mais il souligne un point souvent oublié dans le débat public : "Grâce au prix très élevé, les Français consomment moins et donc l'équilibre offre demande fait que il n'y a pas de pénurie." Pour Thierry Bros, la forte hausse des carburants agit ainsi comme un mécanisme de régulation de la demande, évitant que les tensions d'approvisionnement ne se traduisent par une pénurie généralisée dans le pays.