Ouverture du procès Spanghero : "C'est une horreur ce qu'ils ont fait"

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Près de sept ans après le scandale des plats préparés à la viande de cheval, deux anciens cadres de la société Spanghero comparaissent lundi au banc des accusés.

Le procès des plats préparés à la viande de cheval s'ouvre lundi au tribunal de grande instance de Paris. Deux anciens cadres de la société Spanghero à Castelnaudary dans l'Aude, et deux intermédiaires néerlandais, sont poursuivis pour avoir fait passer de la viande de cheval achetée en Roumanie pour de la viande de bœuf. Ce sont des contrôles sur des plats cuisinés irlandais présentés comme pur bœuf qui avaient révélé la tromperie en 2012 et précipité la chute de l'usine audoise.

Mise à jour à 16h20 : Brièvement ouvert lundi après-midi à Paris, le procès de l'affaire Spanghero a rapidement été interrompu et reprendra mardi. Après une heure consacrée à l'appel des prévenus et à la lecture des faits reprochés, un énoncé très technique et traduit en néerlandais pour M. Windmeijer, le tribunal a suspendu l'audience jusqu'à 10h mardi.Elle reprendra alors par une Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) de la défense, qui doit être plaidée par un avocat absent lundi, puis par une série de requêtes visant la procédure.

 

La fierté de Castelnaudary. À l'époque, Spanghero était le premier employeur privé du département, avec 350 salariés. L'usine n'a alors plus rien à voir avec la famille qui lui a donné son nom, mais elle fait la fierté de la ville de Castelnaudary, produit saucisses et plats cuisinés, mais pas de lasagnes. Quand le scandale éclate, Claude Hill, alors délégué syndical CFDT de l'entreprise, est encore loin de s'imaginer que toute l'Europe va bientôt les pointer du doigt…

"Tu deviens complice". "Dans nos locaux, on était au courant de rien […] Et du jour au lendemain, ça nous plombe tout une usine de 350 personnes. On t'accuse d'avoir magouillé. Le patron achète du cheval, te dit que c'est du bœuf. Toi, tu le mets dans les plats, tu deviens complice", raconte cet ancien élu à Europe 1. "C'est une horreur ce qu'ils ont fait. Quel gâchis, quelle honte ! On ne peut pas se permettre de jouer comme ça avec le vie de 350 personnes, surtout qu'il y a des familles derrière, des gamins, des couples qui avaient leur maison à crédit", déplore-t-il.

Une image à redorer. Seule une centaine de salariés ont été gardés par Laurent Spanghero, revenu pour sauver cette usine qu'il avait créée. Le site a finalement été racheté en 2015 et continue de produire des plats cuisinés sous la marque "Les Occitanes" en misant sur la qualité et le bio pour redorer son image. Une stratégie qui semble efficace puisque l'usine a même pu embaucher à nouveau l'année dernière.

Ce qui a changé. Pour les associations de consommateurs, ce vaste scandale a permis d'apporter plus de transparence dans l'étiquetage de la viande. "Il aura au moins permis de mettre en lumière l'extrême opacité sur les étiquetages. La France a arraché de haute lutte à la Commission européenne cette obligation spécifiquement française d'indiquer le pays d'origine de la viande et du lait dans les produits transformés", rappelle Olivier Andreau, chargé de mission alimentation auprès de l'UFC-Que Choisir. Pour autant, de nombreux progrès restent à faire.

"Ça a marché sur les produits à base de bœufs, dans une moindre mesure sur ceux à base de porc puisque seul un produit sur deux indique le pays précis d'origine. Sur les produits à base de volaille, là il y a encore beaucoup à faire", relève cet associatif. "Par ailleurs, sur les services de contrôles, tant de la répression des fraudes que des services vétérinaires, sont toujours en sous-effectif. Il n'y a eu aucune amélioration depuis cette crise."

Europe 1
Par Benjamin Peter et Maud Descamps, édité par Romain David