Le gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin a assuré mercredi qu'il ne se laisserait "pas intimider" après la promesse de Jean-Luc Mélenchon de le faire poursuivre pour "trahison" en cas de victoire à la prochaine élection présidentielle.
Le gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin a assuré mercredi qu'il ne se laisserait "pas intimider" après la promesse de Jean-Luc Mélenchon de le faire poursuivre pour "trahison" s'il arrive à la présidence du pays en 2027.
Dans un entretien au Financial Times lundi, Emmanuel Moulin avait averti que la France risquait d'être "étranglée par les taux d'intérêt" si elle ne redressait pas ses finances publiques.
Le candidat à la présidentielle avait affirmé le lendemain sur X que le gouverneur prenait "publiquement parti contre son pays à l'étranger", en accusant celui-ci d'appeler implicitement les "spéculateurs" à sanctionner la France à cause de "(ses) propositions".
"Je continuerai à dire ce que je pense"
"C'est un acte de trahison", avait écrit Jean-Luc Mélenchon, "il sera poursuivi pour cela". "Il n'y aura pas de prescription en 2027", avait ajouté le candidat LFI à l'élection présidentielle.
Ce à quoi Emmanuel Moulin a répondu mercredi sur France Inter : "Je ne me laisserai pas intimider". "Je continuerai à dire ce que je pense dans le cadre de mon mandat et pour défendre l'institution que je préside."
Il a comparé ces propos aux pressions exercées par Donald Trump sur l'ex-banquier central américain Jerome Powell : "Jusqu'à présent, je ne connaissais qu'un seul pays où on cherchait à intimider le banquier central, c'est l'Amérique de Trump." Une référence aux menaces de poursuites pénales formulées par Trump contre Jérôme Powell lorsque celui-ci dirigeait la Réserve fédérale américaine (Fed).
Est-ce qu'Emmanuel Moulin se voit diriger la Banque de France avec Jean-Luc Mélenchon à l'Elysée ? "Oui, tout à fait", a-t-il répondu, alors que son mandat débuté en juin court pour six ans.
"Je suis indépendant, ce sont des règles qui sont dans la loi française et dans les traités", a rappelé l'ex-secrétaire général de l'Élysée et successeur du gouverneur François Villeroy de Galhau.
"La situation est grave"
Emmanuel Moulin avait jugé récemment "illégale, dangereuse et inutile" la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler la part de la dette française détenue par la Banque centrale européenne (BCE).
Etant donné l'écart important des taux d'emprunt de la France et de l'Allemagne (1,31 point de pourcentage mercredi matin) et le "déficit plus élevé que les autres pays de la zone euro", "la situation est grave", a jugé Emmanuel Moulin, "mais nous pouvons agir en votant un budget".
Le gouvernement a présenté le 1er octobre son projet de budget, promis à un parcours parlementaire difficile au regard de l'absence de majorité à l'Assemblée nationale. L'objectif gouvernemental d'un déficit de 5 % du PIB en 2027 n'est "pas très ambitieux", mais "réaliste", a estimé Emmanuel Moulin.