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Romain David
À l'heure ou le trafic aérien explose, des acteurs français de l’aéronautique réfléchissent à diminuer l'empreinte carbone des avions. Certains d'entre eux ont expliqué leurs initiatives au micro d'Élisabeth Assayag, dans La France bouge, sur Europe 1.
LA FRANCE BOUGE

Le trafic aérien génèrent à lui seul 2 à 3% des émissions de dioxyde de carbone mondial. Pendant ce temps, l'industrie espère doubler le nombre de voyageurs aériens d'ici 2036. Pour faire face au défi environnemental que représentent ce mode de transport et son développement exponentiel, plusieurs acteurs français se sont penchés sur la réduction de l'empreinte écologique des avions. Engins hybrides, plus grande efficience du vol, allègement des sièges… La France bougesur Europe 1, a offert jeudi un petit tour d'horizon des différentes solutions existantes.

VoltAero, l'avion hybride

Cet appareil de tourisme, développé par Jean Botti, ancien patron de l'innovation chez Airbus, est doté d’une propulsion mixte, thermique et électrique. D'une envergure de 12 mètres, pour quatre, six ou neuf sièges, cet avion dispose d'une autonomie de vol de 3h30, mais qui peut monter à 5 heures avec des réservoirs additionnels. "Il décolle et atterrit avec l'énergie électrique, à vitesse de croisière, le moteur se déclenche pour recharger la batterie avant l'atterrissage", explique Jean Botti au micro d'Élisabeth Assayag.

"L'hybridation permet d'avoir deux modes de propulsion, électrique et mécanique. Avec ça, vous avez une sécurité supplémentaire", fait-il valoir. Ce système est également compatible avec des moteurs à bio-carburant, de manière à minimiser davantage les émissions de CO2.

Le premier vol du démonstrateur est prévu pour cette année. "On envisage de produire le premier avion en 2022", glisse Jean Botti, qui espère à terme en vendre 150 par an.

>> De 13h à 14h, La France bouge avec Raphaëlle Duchemin sur Europe 1. Retrouvez le replay de l’émission ici

SkyBreathe repense le plan de vol pour limiter la pollution

De son côté, OpenAirlines est à l'origine de SkyBreathe, un logiciel conçu pour réduire l’empreinte écologique des vols aériens. "On a développé un logiciel qui est basé sur le big data. On récupère toutes les données dans les boîtes noires, les données météo, les plans de vol, etc. Mais au lieu de les analyser pour la sécurité des vols, ce dont on tient également compte, on les analyse pour l'efficacité du vol et la réduction de carburant et d'émissions de CO2", détaille Alexandre Feray, CEO et fondateur d’OpenAirlines.

Plusieurs centaines de données sont ainsi récupérées par le logiciel sur chaque seconde de vol. Leur traitement via des algorithmes permet de fournir aux pilotes une série de recommandations pour leur prochain vol, de manière à ce que leur pilotage se fasse moins gourmand en kérosène. "La meilleure route sur le papier n'est peut-être pas la meilleure en condition réelle", relève Alexandre Feray. Skybreathe permet aujourd'hui de réduire de 2 à 5% les émissions de CO2 sur un trajet.

Expliseat et son siège ultraléger

La société Expliseat, fondée en 2011, est à l'origine de "TiSeat", un siège d'avion deux fois plus léger que les fauteuils classiques. "Un siège standard pèse 10 kilos, nous on fait des sièges de 5 kilos. Ramené à la taille d'un avion de 200 passagers, on fait économiser à l'appareil une tonne", se félicite Amaury Barbérot, vice-président en charge des opérations d’Expliseat. Ce fauteuil remplace l'acier et l'aluminium, traditionnellement utilisé dans l'aéronautique, par du titane et des fibres de carbone composites. "Aujourd'hui, la masse des sièges dans un avion représente 5 à 10% de l'avion. En divisant cette masse par deux, on apporte un vrai incrément de performance à l'avion, et donc une réduction de la consommation de kérosène et des émissions de CO2 (de l'ordre de 2 à 5%)", détaille ce responsable.

Pour les compagnies aériennes, l'enjeu est aussi économique. "L'un de nos clients, Air Tahiti, fait décoller ses avions sur des pistes très courtes car construites sur des îlots. Ils ne pouvaient pas vendre toutes les places, car les avions risquaient d'être trop lourds et de se retrouver à l'eau à l'issue de la piste. […] Grace à notre allègement, Air Tahiti est en mesure de vendre quatre tickets supplémentaires", rapporte Amaury Barbérot. Le marché des sièges d'avion étant très concurrentiel, l'entreprise planche également sur des stratégies "d'allègement" applicables à d'autres parties de l'avion.