Quelle est l'origine de la fonction autocorrect de nos smartphones ?

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Dans l'émission "Historiquement vôtre" sur Europe 1 ce lundi, le journaliste David Castello-Lopes revient sur l'histoire de l'auto-correct, cette technique d'aide à la frappe de texte présente sur nos téléphones portables et parfois à la source de grands quiproquos. 

>> Tous les jours dans Historiquement vôtre, David Castello-Lopes revient sur les origines d'un objet ou d'un concept. Ce lundi, il se penche sur la fonction autocorrect, présente sur tous nos outils de traitement de texte, même dans nos SMS. Cette invention remonte aux années 1990 et on lui compte pas moins de trois pères. 

Un outil sujet à de nombreuses complaintes

"Je remarque que, parmi les choses qui font le plus souvent râler les gens autour de moi, on trouve principalement les choses technologiques. Et en particulier l’autocorrect. L’autocorrect, c’est cette fonctionnalité qui existe maintenant sur toutes les applications où on doit écrire des choses et qui corrige à notre place nos fautes de frappe. On la trouve dans les logiciels de traitement de texte, les textos, Facebook, WhatsApp, etc.

Et il est vrai, à la décharge des gens qui se plaignent, que quelques fois, l’autocorrect se trompe. Vous écrivez 'Stéphane Bern', et il vous transforme ça en 'J’ai acheté du shampoing', sans vous prévenir, ni que vous ne compreniez pourquoi. L'autocorrect est aussi très mauvais pour les gros mots. Parce qu'il refuse fondamentalement de considérer que les gros mots existent. Ce qui aboutit à envoyer "canard" à quelqu'un que qualifieriez plus volontiers avec un 'o' et un second 'n'.

Mais ce que ne voient pas les gens qui critiquent l’autocorrect, c’est que neuf fois sur dix, il corrige discrètement des fautes d’orthographe qu'on fait encore à 36 ans parce qu'on fumait des joints au lycée. Je trouve donc que l’autocorrect est l’une des meilleures inventions de l’histoire informatique récente. C'est pourquoi j’ai voulu savoir d’où il venait.

Une triple paternalité

Et j'ai découvert qu'il existe en réalité trois inventeurs de l’autocorrect. Le premier est un monsieur qui s’appelle Dean Hachamowitch. Ingénieur chez Microsoft, il a développé le premier cette fonctionnalité dans les années 1990, en travaillant sur le logiciel de traitement de texte Word. Pour l'anecdote, le premier autocorrect de Dean Hachamovitch faisait des erreurs assez cocasses. Il remplaçait par exemple la banque 'Goldman Sachs' par 'Goddamn Sachs', ce qui veut dire 'saleté de Sachs'.

Le deuxième père de notre autocorrect actuel est Martin King, l'inventeur c’est du T9. À l’époque des téléphone portables à touches, bien avant les smartphones, chaque touche avait d’une part un numéro et d’autre part non pas une, mais trois lettres : 'ABC' pour la touche 1, 'DEF' pour la touche 2, et ainsi de suite. Pour taper C, il fallait donc appuyer trois fois sur la touche 1. Rédiger un SMS était donc long et fastidieux. Jusqu'à ce que Martin King crée le T9, un logiciel qui permettait d’appuyer une seule fois sur la touche qui contenait la lettre que vous vouliez et qui devinait, en fonction du contexte, quel était le mot que vous désiriez écrire. Martin King est donc un génie méconnu qui a permis aux adolescents du début des années 2000 d’écrire leur textos d’amour plus vite, ce qui libérait du temps pour fumer des cigarettes.

Le tournant du premier iPhone

Mais pour faire naître notre autocorrect actuel, il aurait fallu attendre l'arrivée du tout premier smartphone : l'iPhone. Sa grande innovation était de ne pas posséder un clavier avec des touches dures, mais un clavier tactile qui n’apparaît sur l’écran que quand vous en avez besoin. Sauf qu'à taper sur un clavier minuscule avec nos gros doigts de bourrin, nous faisons beaucoup plus d’erreurs que sur un clavier en dur.

Il a donc fallu inventer un autocorrect d’une très grande puissance. Et c’est l'un des ingénieurs de Steve Jobs qu’il faut remercier : Ken Kocienda. C'est lui qui crée pour le premier iPhone la super-version de l'autocorrect que nous utilisons tous aujourd'hui, quelle que soit la marque de notre téléphone. Même si c’est aussi à cause de lui que notre smartphone comprend 'shampooing' quand on tape 'Stéphane Bern'."

Europe 1
Par David Castello-Lopes