L'acteur britannique Patrick Stewart, capitaine Picard dans "Star Trek" et professeur Xavier dans "X-Men", est mort à Los Angeles à 86 ans, des suites de la maladie d'Alzheimer et d'une démence à corps de Lewy. Ancien de la Royal Shakespeare Company, il était devenu une icône de la science-fiction.
Patrick Stewart, l'acteur britannique qui avait apporté son élégance shakespearienne à "Star Trek" et à "X-Men", est mort à son domicile de Los Angeles. Il avait 86 ans. Sa porte-parole de longue date, Kelly Bush Novak, a annoncé qu'il s'était éteint des suites d'"un court et poignant parcours avec la maladie d'Alzheimer et une démence à corps de Lewy".
Un départ entouré de ses proches
"Il a été tenu dans l'étreinte chaleureuse de sa famille et de ses amis, entouré de musique live, de prières, de larmes, de rires et de ce genre d'émotion profonde que lui seul pouvait inspirer après une vie de dévotion envers nous tous", a écrit Kelly Bush Novak. Elle dit garder en mémoire "la paix et la sérénité sur son visage, rappel durable de sa grâce invincible".
Dans un communiqué publié sur son compte Instagram, ses proches saluent un acteur dont "la voix sonore et le talent singulier resteront à jamais synonymes de performances inoubliables dans tous les genres". Ils rappellent que ses réussites professionnelles étaient "humblement égalées" par son engagement en faveur des droits humains, des victimes de violences conjugales, des réfugiés, de la santé mentale des vétérans et de la protection animale. "Il était chevalier, chancelier, passionné de sport automobile et supporter de toujours du club de football de Huddersfield. On se souviendra de la dignité, de la compassion et de l’humanité qu’il a apportées à chacun de ses rôles, dans son art comme dans sa vie."
De la Royal Shakespeare Company à l'Enterprise
À la fin des années 1980, Patrick Stewart comptait des décennies de théâtre classique en Angleterre, mais restait inconnu du public américain quand on lui a confié le commandement de l'U.S.S. Enterprise. Pendant les deux décennies précédentes, il avait été un pilier de la Royal Shakespeare Company, qu'il avait rejointe en 1966, et avait joué dans plus de vingt-cinq productions : Astrov dans "Oncle Vania" (1974), Obéron dans "Le Songe d'une nuit d'été" (1977), Shylock dans "Le Marchand de Venise" (1978) ou le rôle-titre de "Titus Andronicus" (1981).
Le producteur de "Star Trek : la nouvelle génération", Robert Justman, l'avait repéré lors d'une conférence à l'université UCLA, où il lisait du Shakespeare. Il l'a convoqué en audition contre l'avis du créateur de la saga, Gene Roddenberry, qui doutait qu'un Britannique chauve puisse incarner la nouvelle série. Après un casting houleux, l'acteur a convaincu Roddenberry et signé un contrat de six ans, persuadé que la série ne passerait pas la première saison. "Tout le monde estimait que c'était de la folie de vouloir relancer une série aussi emblématique", se souvenait-il en 2010. Le Los Angeles Times l'avait présenté comme un "acteur shakespearien britannique inconnu", ce qui avait inspiré à son partenaire Brent Spiner une pancarte au-dessus de sa loge : "Attention : acteur shakespearien britannique inconnu".
Un sommet avec "Best of Both Worlds"
Lancée en septembre 1987, la série a mis du temps à convaincre les fans. Elle a pris son envol en 1990 avec le final de la saison 3, "Best of Both Worlds", premier cliffhanger de l'histoire de "Star Trek", où Picard est assimilé par les Borgs. Patrick Stewart était aussi au cœur d'épisodes comptant parmi les meilleurs de la science-fiction télévisée, comme "Yesterday's Enterprise" (1990) et "The Inner Light" (1992), où Picard vit toute une existence en un instant.
Selon le New York Times, avec "son aura d'autorité sévère mais juste et son sérieux", il avait fait de Picard "le centre moral" de la série pendant sept saisons, l'empêchant de sombrer dans le kitsch ou l'autoparodie. La série s'est achevée en 1994, avec une nomination à l'Emmy Award de la meilleure série dramatique, et a donné lieu à quatre films : "Generations" (1994), où il partageait l'affiche avec William Shatner, "First Contact" (1996), "Insurrection" (1998) et "Nemesis" (2002), où il affrontait un jeune Tom Hardy. Après dix-sept ans d'absence, il avait retrouvé son personnage en 2020 dans "Star Trek : Picard".
Le professeur Xavier dans "X-Men"
Victime de typecasting, Patrick Stewart avait hésité à accepter le rôle du professeur Xavier dans "X-Men" (2000), film pionnier de la vague des super-héros. Face à son ami de longue date Ian McKellen, qui jouait Magneto, il a incarné le personnage dans sept autres films, dont "X-Men 2", "X-Men : l'affrontement final", "Days of Future Past" et "Logan" (2017), ainsi qu'en caméo dans "Avengers : Doomsday", attendu en décembre. "J'admirais immensément les deux personnages pour leur moralité, leur gentillesse, leur sensibilité, leur compassion", disait-il en 2017.
Le goût de la comédie et un retour au théâtre
L'acteur gardait un bon sens de l'humour sur son statut d'icône populaire. Il prêtait sa voix à "Les Simpson", "Family Guy" et "American Dad!", jouait un serveur snob dans "L.A. Story" (1991), le roi Richard dans "Sacré Robin des bois" de Mel Brooks (1993), et avait animé le "Saturday Night Live" en 1994. On l'a aussi vu dans la comédie "Jeffrey" (1995), dans le thriller "Green Room", où il dirigeait un groupe de néonazis, comme narrateur de "Ted" et dans la série "Blunt Talk" (2015-2016). Plus récemment, il avait prêté sa voix à Sir Ritchfield dans le film d'animation "Les Détectives moutons".
Il n'a jamais délaissé la scène : "Qui a peur de Virginia Woolf ?" au Young Vic (1987), puis, chaque saison, un seul-en-scène adapté de "Un chant de Noël" de Dickens. Après la fin de "TNG", il a multiplié les rôles à Broadway et en Angleterre : Prospero dans "La Tempête", un "Othello" inversé à Washington, "Antoine et Cléopâtre" et un "Macbeth" triomphal qui lui a valu de reconquérir la critique britannique. En 2008, il a remporté l'Olivier du meilleur second rôle pour Claudius dans "Hamlet", aux côtés de David Tennant. Avec Ian McKellen, il s'était retrouvé à Londres dans "En attendant Godot" (2009), puis à Broadway en 2014 dans "En attendant Godot" et "No Man's Land" de Pinter. Le New York Times avait résumé ses deux carrières par un titre : "To Boldly Go Where Shakespeare Calls".
Une enfance difficile, le théâtre comme refuge
Né le 13 juillet 1940 à Mirfield, dans le Yorkshire, il était le plus jeune de trois frères. Son père, vétéran de la Seconde Guerre mondiale évacué de Dunkerque, était violent envers sa mère, comportement qui découlait probablement d’un stress post-traumatique non diagnostiqué. Cette enfance l'a conduit à défendre plus tard les vétérans et les victimes de violences conjugales. "J’ai trouvé mon refuge dans le jeu d'acteur. La scène était un endroit bien plus sûr que tout ce que je vivais à la maison", écrivait-il en 2009.
À 15 ans, il travaillait au journal local, le "Dewsbury Reporter", mais a préféré le théâtre au journalisme. Il a perdu ses cheveux à 18 ans. Boursier de la Bristol Old Vic Theatre School, il a débuté au Library Theatre de Manchester avant de rejoindre la Royal Shakespeare Company. Il a fait ses débuts dans la science-fiction et la fantasy avec "Excalibur" (1981), puis "Dune" de David Lynch (1984), où il jouait Gurney Halleck. À la télévision britannique, on l'avait vu dans "North & South" (1975), "Moi, Claude, empereur" et “"Maybury" (1981-1983).
Récompenses, distinctions et vie privée
Il avait été nommé aux Emmy et aux Golden Globes pour "Moby Dick" (1998) et "Le Lion en hiver" (2003), puis à nouveau aux Emmy pour la série "Extras" (2006) et pour "Hamlet" (2010). Officier de l'ordre de l'Empire britannique en 2001, il avait été anobli par la reine Élisabeth II en 2010.
Marié à la chorégraphe Sheila Falconer de 1966 à 1990, avec qui il a eu deux enfants, Daniel, acteur, et Sophie, puis à Wendy Neuss, productrice de "Star Trek : la nouvelle génération", de 2000 à 2003, il avait épousé la musicienne de jazz Sunny Ozell en 2013, lors d'une cérémonie célébrée par Ian McKellen. "Comme moi, Jean-Luc a vécu une vie hors du commun, mais il est resté fidèle à ses racines. À la fin, il ressent l'appel du foyer, comme moi", écrivait-il dans ses mémoires de 2023, "Making It So".