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«La nature est devenue un arrière-plan à selfie» : Daphné Roulier explique vouloir «reconnecter au vivant» avec «Terre Sauvage»

[Europe 1]

Invité dans Culture médias alors que "Terre Sauvage" fête ses 40 ans, Daphné Roulier alerte sur notre déconnexion du vivant et dénonce une époque où la nature se résume trop souvent à un simple décor.

Retour aux sources. À l’occasion des 40 ans du magazine Terre Sauvage, Daphné Roulier a livré dans Culture Médias un constat sans détour sur notre rapport à la nature. Pour la directrice éditoriale, la mission de Terre Sauvage reste inchangée depuis sa création : celle de reconnecter les lecteurs au monde vivant. Elle résume cette ambition ainsi : "L’idée c’est d’essayer de parler du vivant, la mission de Terre Sauvage c’était de nous reconnecter au vivant".

Pour Daphné Roulier, la société dans laquelle nous vivons serait devenue la première génération réellement déconnectée du vivant, au point de ne plus savoir le reconnaître ni le nommer. Cette analyse rejoint celle du philosophe Baptiste Morizot, qui parle d’une véritable "crise de la sensibilité". Une crise discrète mais profonde : si l’on ne défend plus la nature, ce n’est pas forcément par indifférence, mais parce qu’on ne la perçoit plus.

La nature réduite à un décor de fond

"Si on ne défend pas le vivant, l'environnement et la planète, c'est tout simplement parce qu'on ne la connaît pas. On ne sait pas nommer. Aujourd'hui, un enfant nord-américain est capable de nommer 1.000 marques. Il peine à nommer 10 espèces animales et végétales de sa région", a-t-elle poursuivi pour illustrer ses propos.

Ainsi, la nature n’est plus un espace vécu, mais un décor juste observé. "Il faut apprendre à voir ce que nous ne voyons pas, à nommer ce que nous ne savons pas nommer. Aujourd’hui la nature, c’est devenu un arrière-plan à selfie", a-t-elle expliqué.

Cette image dit beaucoup de notre époque. La nature n’est plus un sujet en soi, mais un décor esthétique, un arrière-plan. Or, rappelle-t-elle, cette vision est profondément trompeuse : "La nature ce n’est pas un décor, on en dépend".

Dans cette réflexion, elle insiste sur la figure du loup. Le loup n’est pas seulement un animal puisqu'il devient un symbole, presque "métaphysique", de ce que nous avons perdu ou projetons sur la nature.

À travers Terre Sauvage, l’objectif affiché est donc clair : celui de sortir la nature du statut de décor pour lui redonner une place centrale dans notre perception du monde.