Jacques Gamblin : "Je ne suis pas un homme de la ville"

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Aurélie Dupuy
Aux côtés de Frédéric Taddéï, l'acteur, épris de liberté, évoque son amour du métier et sa nature qui l'empêche de rester en place.
INTERVIEW

C'est à l'air libre, sur le belvédère de la Philharmonie de Paris que Jacques Gamblin a fixé rendez-vous à l'équipe de l'émission En balade avec. "C'est un endroit que j’ai découvert il y a très peu de temps et qui m’a fasciné. J’ai besoin d’air, j’aime être dehors", explique l'acteur, qui joue au théâtre du Rond-Point jusqu'au 18 novembre son spectacle intitulé Je parle à un homme qui ne tient pas en place. Un titre bienvenu pour le comédien, qui ne va pas cesser de démontrer qu'il a un furieux besoin d'air, d'espace et de nature.

La mer. Vivre à Paris lui est d'ailleurs difficile. "Ce n’est pas Paris que je n’aime pas, c’est que je ne suis pas un homme de la ville. Je cherche toujours des endroits où l’espace est ouvert parce que je me sens très vite enfermé. C‘est aussi pour ça que je roule à bicyclette parce que je cherche la liberté, à être indépendant, à pouvoir circuler facilement." A bientôt 61 ans, ce natif de Granville n'a pas oublié la mer et a acheté une maison en Bretagne pour s'évader.

PHILAOK

Sur le toit de la Philharmonie de Paris, un bâtiment de Jean Nouvel.

L'océan a d'ailleurs un rôle dans son spectacle puisqu'il est inspiré de sa correspondance avec le navigateur Thomas Coville, au moment où le sportif tentait pour la quatrième fois de battre le record du tour du monde à la voile en solitaire. Il avait fait "cadeau" à l'acteur de son adresse mail, un sésame que seulement cinq personnes possédaient pendant sa course. "Je me suis autorisé à m’en servir, mais tout en m’en servant, je me disais, 'est-ce que je fais bien' ?", raconte le comédien qui a été rassuré quand la correspondance s'est engagée.

Menuiserie et cinéma. Si le titre du spectacle renvoie à Thomas Coville, il s'applique très bien à l'acteur, qui n'aime pas "les repas qui s’éternisent, être assis sur une chaise pendant des heures" et qui s'ennuie ferme dans l'habitacle fermé d'une voiture. Ce qui lui plaît dans ce métier, "c’est d’inventer des mondes, des imaginaires. C’est un espace de liberté infini."

Sa carrière n'a portant pas été linéaire. D'abord régisseur, il vise peu à peu les planches. "J'ai senti le vent me pousser vers la scène." Il se fait une expérience, pense la parenthèse terminée et se forme alors à la menuiserie. Puis on le rappelle au théâtre. Le choix s'ouvre à lui. "J’ai découvert que la passion était là et que je n’avais pas voulu la voir", explique-t-il en marchant dans le parc de La Villette. Aujourd'hui, il s'applique, comme si c'était "une forme de devoir", à mélanger les sujets profonds, qui auront de la résonance avec la légèreté. Ce qui passe par "par l’humour et l’inattendu. Je pense qu’on peut mieux rentrer dans l’émotion si on a ouvert ses chakras dans un premier temps", résume-t-il.

SPHEREOK

Passage devant la Géode de La Villette.

"La peur n'est pas le bon moteur". La balade se poursuit au bord du canal de l’Ourcq. "Quand il y a des bateaux et qu’il y a de l’eau, je suis tout à fait rassuré sur le monde", glisse-t-il. Son métier a un autre point commun avec celui de navigateur : la gestion du trac. Mais il semble plus admiratif des skippers : "Ils vont tellement loin, je ne sais pas où ils logent la peur. Ils repoussent les limites sans arrêt", ce qui est selon lui loin d'être la norme. "Dès qu’une chose change, ça inquiète tout le monde", dit-il en évoquant l'objectif affiché par la mairie d'aller vers moins de voitures en ville. "J’admire ceux qui décident que la peur n’est pas le bon moteur", dit-il, alors qu'il arrive à la Rotonde de Stalingrad.

Entendu sur europe1 :
J’aime les gares parce que c’est une façon de foutre le camp. J’aime regarder, c’est à chaque fois une histoire qui se raconte.

L'écologie. C'est l'occasion d'évoquer Le nom des gens, un film qui abordait la politique avec humour. "C’est le scénario qui m’a le plus fait marrer à la lecture. C’était improbable mais ça prenait de beaux risques, avec une liberté de ton." Question vote, il explique n'avoir "jamais déposé un autre bulletin dans l'urne que celui de l’écologie. C’est une vision de société, des gens qui ont alerté le monde, la politique, depuis de nombreuses décennies déjà. Il se trouve qu’ils avaient raison dès le départ et que maintenant on s’en rend compte. Il faut rattraper un temps qui est perdu et c’est dommage."

L'environnement de la station Stalingrad est d'ailleurs trop urbain pour lui. "C’est le palais des bagnoles", lance-t-il avant d'admettre avoir "du mal" avec le tumulte alentour. Le duo file alors au bord du canal Saint-Martin pour rejoindre la gare de l'Est. Un film illustre très bien son besoin de nature : Les enfants du marais, un énorme succès. "C'est le film dont on me parle quasiment le plus", confie celui qui a été connu avec Tout ça… pour ça ! de Claude Lelouch et qui a véritablement été lancé grâce à Pédale douce.

 

"Une façon de foutre le camp". Arriver gare de l'Est lui permet de clamer son amour du ferroviaire : "J’aime les gares parce que c’est une façon de foutre le camp. Et parce que j’aime m’y asseoir. J’aime regarder, c’est à chaque fois une histoire qui se raconte. (…) Je trouve que les scènes de retrouvailles encore plus fortes et émouvantes que les scènes d’au revoir. Tout est raconté dans la joie, dans l’étreinte, du manque."

GAREOK

Dans la gare de l'Est.

"J'ai interprété un mystère". Son prochain train cinématographique sera quant à lui pris en janvier avec la sortie de L’incroyable histoire du facteur Cheval de Nils Tavernier." Le long-métrage conte 50 ans de la vie de cet homme qui en a consacré 33 à construire son "palais idéal" à Hauterives, un chef-d'oeuvre d'art naïf classé aux monuments historiques. "Ce rôle m’a bouleversé, c’est un des plus beaux que j’ai eus à interpréter. Je dis que j’ai interprété un mystère parce que quand on se demande pourquoi un homme décide de construire cette œuvre, on ne trouve pas la réponse. On dit que c’était pour sa fille. Mais lui-même a été poussé sans doute par une force incroyable."