Festival d’Angoulême : comment le manga conquiert le cœur des Français

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Des lecteurs de plus en plus nombreux, des maisons d’éditions à la recherche de nouveaux talents… Dans l’Hexagone, le manga est en plein boom.

Plus d’une BD sur trois vendues en France est un manga, selon l'institut GFK. Et le genre est particulièrement mis à l’honneur lors du 46e festival de bande dessinée d'Angoulême, qui fermera ses portes ce dimanche. En 2018, les ventes de mangas ont bondi de 11%, alors que celles de BD franco-belges sont en baisse. Et pour cause : le genre attire désormais tous types de lecteurs.

Une "manga city" à Angoulême. Petit à petit, la culture asiatique s'est imposée dans notre pays, notamment à travers les dessins animés qui ont débarqué sur nos écrans dans les années 80 et 90. Goldorak, Candy, Dragon Ball, Naruto… Aujourd'hui, tous les jeunes biberonnés à la pop culture asiatique débarquent dans les maisons d’édition. Ils et développent ce genre et y créent des départements manga. À Angoulême, cette année, ils ont carrément inventé ce qu'ils appellent la "manga city", un immense chapiteau de 2.500 mètres carrés entièrement consacré au manga. On y mange du sushi, et on fait la queue des heures pour obtenir des dédicaces. "Moi je suis né dans les années 90, il y avait pas mal de choses à la télé, ça met un pied dedans", résume une fan au micro d’Europe 1.

"C’est très feuilletonesque, proche des jeux-vidéos, du rythme des séries". Symbole fort et preuve que l'univers manga est autant (sinon davantage) féminin que masculin, cette année, le festival a décerné son grand prix à une mangaka, une dessinatrice de manga, Rumiko Takahashi qui, à 61 ans, est une star dans le domaine. Elle a vendu 200 millions de BD dans le monde. Et elle aura donc la lourde tâche de dessiner l'affiche du festival l'année prochaine. C'est seulement la deuxième fois dans l'histoire du festival qu'un mangaka reçoit le grand prix.

Le manga est-il sur le point de remplacer la bonne vieille BD franco-belge, Tintin, Asterix et les autres ? Pas tout à fait non plus. Dans les 10 meilleures ventes de l'année, 9 sont tout de même des franco-belges. La BD qui a le plus marché en 2018 reste Lucky Luke. Mais le manga inonde le marché, fort de caractéristiques qui plaisent aux lecteurs d’aujourd’hui. "C’est très feuilletonesque, proche des jeux-vidéos, du rythme des séries… Vous avez 200 pages pour cinq euros, en format de poche, vous l’emportez partout. Petit à petit, la bande dessinée s’est un peu recentrée sur le secteur jeunesse mais le manga a vraiment eu le temps de prendre sa place", décrypte Christelle Ollens, directrice des éditions Kana, spécialisée dans le manga.

"Les maisons d’édition cherchent les talents de demain". Résultat : la France est le deuxième pays consommateur de manga au monde, juste après le Japon. Et de nombreux dessinateurs français s’y convertissent. Bastien Vivès, par exemple, est l'un des jeunes auteurs français les plus à le mode. Et depuis quelques années, il dessine LastMan, série très inspirée de l'univers manga. Une école de manga a également ouvert ses portes il y a trois ans, à Toulouse. Et selon sa directrice, Claire Pellier, ils n'auront pas de mal à trouver  un Semploi. "Chaque année on accueille entre 70 et 90 stagiaires (50% filles, 50% garçons), qui viennent passer les épreuves de sélection. La concurrence est rude mais il y a une vraie demande au dehors. Aujourd’hui, chaque maison d’édition veut son créateur de mangas. Elles cherchent les talents de demain", assure-t-elle sur Europe 1.

Le manga s’installe donc solidement dans notre pays, et les mangas français commencent aussi à s'exporter au Japon. Manière de dire que du chemin a été fait en 30 ans, date d’arrivée du premier manga papier publié dans une grande maison d'édition française. Il s’agissait d’Akira, publié chez Glénat en 1989.