Précurseur du street art bien avant Banksy, Ernest Pignon-Ernest est à l'honneur cet été avec deux expositions à Carpentras et Martigues. À 84 ans, l'artiste revient sur son œuvre, son rapport à la rue et sa vision exigeante de l'art urbain.
Cet été, deux expositions rendent hommage à Ernest Pignon-Ernest, l'un des grands noms de l'art contemporain français. L'une est présentée à Carpentras, l'autre à Martigues.
À 84 ans, le dessinateur et plasticien niçois continue de défendre une conception exigeante de l'art dans l'espace public, lui qui est considéré comme le précurseur du street art, plusieurs décennies avant l'émergence de Banksy.
Un artiste qui a fait de la rue son atelier
Depuis plus de 60 ans, Ernest Pignon-Ernest investit les rues plutôt que les musées.
Inspiré notamment par le Caravage, il réalise au fusain et à la pierre noire des silhouettes grandeur nature, souvent des figures humaines ou christiques. Une fois imprimés, ses dessins sont collés sur des murs choisis avec soin, toujours en lien avec l'histoire, l'architecture ou la mémoire des lieux.
Pour l'artiste, l'œuvre ne peut être dissociée de son environnement.
Une vision critique du street art
Si son nom est souvent associé au street art, Ernest Pignon-Ernest prend ses distances avec ce mouvement devenu très populaire : "Si je résume, parce qu'il y a des choses intéressantes aussi dedans, mais 95 %, c'est un effet de mode. On dirait qu'ils n'ont pas réfléchi à ce que ça veut dire d'intervenir dans la ville. On partage du vécu, de l'espace, du symbolique. Si on ne réfléchit pas à tout ça, c'est une connerie, on va coller un truc sur un mur comme une affiche."
Pour lui, intervenir dans l'espace urbain implique une réflexion sur le sens des lieux autant que sur l'œuvre elle-même.
Des œuvres conçues pour disparaître
Autre particularité de son travail : son caractère éphémère. Les dessins collés dans la rue sont destinés à s'effacer avec le temps, sous l'effet des intempéries ou des interventions humaines.
"L'éphémère fait partie de la proposition." Avec les années, l'artiste reconnaît toutefois avoir fait évoluer sa démarche : "Je fais des photos pour les conserver maintenant. Je suis moins radical, peut-être en vieillissant."
Ces clichés permettent aujourd'hui de conserver la mémoire d'œuvres qui, par nature, étaient vouées à disparaître.
Deux rendez-vous tout l'été
Les visiteurs peuvent découvrir "Ombres de Naples" à Carpentras, tandis qu'une carte blanche est consacrée à Ernest Pignon-Ernest à Martigues.
Deux expositions qui offrent un regard sur plus de six décennies de création d'un artiste ayant profondément marqué l'histoire de l'art urbain.