Les films passeront un peu plus rapidement à la télévision

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Les longs-métrages seront diffusés plus rapidement à la télévision et sur les plateformes de streaming pour lutter contre le piratage.
Les longs-métrages seront diffusés plus rapidement à la télévision et sur les plateformes de streaming pour lutter contre le piratage. © PIERRE-FRANCK COLOMBIER / AFP
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Après des négociations difficiles, un accord a finalement été trouvé, a annoncé le ministère de la Culture vendredi, pour permettre aux longs-métrages d'être plus rapidement diffusés à la télévision et sur les plateformes de streaming.

Il faudra attendre un peu moins longtemps pour voir un film à la télévision et en streaming: la filière cinéma a trouvé un accord après plusieurs années de négociations mais cela n'aura rien d'une révolution pour le public. Cet accord, conclu vendredi au ministère de la Culture, modernise la "chronologie des médias", le système qui encadre en France l'exploitation successive des films dans les cinémas, en DVD, à la télévision et sur les plateformes de streaming.

C'est en raison de cette législation que Netflix ne sort pas dans les salles françaises les longs métrages qu'il produit, à l'instar du tout récent "Roma" pourtant récompensé d'un Lion d'or au prestigieux Festival de Venise, au grand dam des cinéphiles. L'accord ne devrait pas changer les choses concernant Netflix, le géant américain ayant maintes fois répété qu'il donnait priorité à ses abonnés et qu'il n'entendait pas attendre un quelconque délai avant de leur proposer ses productions.

La location vidéo sera possible entre 3 à 4 mois après la sortie en salles. Mais ce nouveau cadre garantit "à tous les téléspectateurs un accès permanent aux films" et "contribue à la lutte contre le piratage en rendant plus rapidement disponibles les œuvres", salue le ministère dans un communiqué. Concrètement, les plateformes de vidéos par abonnement, qui devaient jusqu'ici attendre 36 mois après la sortie en salles, pourront diffuser des films à partir de 17 mois (ou 15 mois en cas de dérogation), mais seulement si elles prennent des engagements d'investissement dans la production. Pour les chaînes de télévision gratuites (TF1, France Télévisions, M6...), le délai passe de 28 à 22 mois (20 mois si le films a fait moins de 100.000 entrées). La location vidéo, quant à elle, sera possible entre 3 et 4 mois après la sortie en salles (contre 4 mois aujourd'hui).

Six mois pour Canal+. C'est Canal+ qui voit son délai raccourcir le plus: la chaîne cryptée, qui devait patienter entre 10 et 12 mois, voit son attente réduite entre 6 et 8 mois. "La nouvelle chronologie des médias reconnait la position unique de Canal+ dans le cycle de financement du cinéma, dont il est de loin le premier soutien en France", a salué le groupe. Il avait quitté la table des négociations en octobre à propos d'un désaccord quant à ses obligations de financement du cinéma français, retardant la signature de cet accord sur la chronologie des médias.

Un texte qui consolide "le modèle de financement de la création française". Un compromis avait finalement été trouvé début novembre, sous l'égide du ministre de la Culture Franck Riester, qui prévoit le plafonnement à 180 millions d'euros par an des investissements de Canal+ dans les longs métrages. Le ministre "salue très chaleureusement l'aboutissement de cette négociation qui vient moderniser une situation qui n'avait pas évolué depuis 2009". Il précise que ce nouveau texte "consolide également le modèle de financement de la création française, en favorisant les diffuseurs les plus vertueux et les plus engagés".

Un nouvel accord obligatoire jusqu'à 2022. Le nouvel accord sera obligatoire pour l'ensemble de la filière jusqu'à 2022, dès que l'arrêté d'extension sera signé, indique le ministère. Il vient conclure des années de négociations infructueuses entre les différents acteurs de la filière (producteurs, exploitants de salles, chaînes de télévision, sociétés d'auteurs, etc.). Pour faire accélérer le dossier, l'ancienne ministre de la Culture Françoise Nyssen avait initié une médiation, menaçant de légiférer si les professionnels n'arrivaient pas à s'entendre.

"Cet accord préserve la vie des films en salle, premier lieu de découverte de la magie du cinéma" et il "prend en compte l'évolution des usages, la multiplication des écrans et les nouvelles attentes du public, particulièrement des jeunes" a salué la présidente du CNC (Centre national du cinéma), Frédérique Bredin. Se félicitant d'une "avancée notable", les cinéastes de l'ARP (société des auteurs réalisateurs producteurs) ont souligné que "beaucoup restait néanmoins à faire". La société d'auteurs Scam a également salué l'accord mais a regretté "qu'il n'ait pas été fait une meilleure place à la vidéo à la demande par abonnement".