Ils sont français et ils ont créé leur start-up à Shenzhen, en Chine

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Ils sont français et ils ont créé leur start-up à Shenzhen, en Chine
Plusieurs entrepreneurs français tentent leur chance en Chine, à Shenzhen, la capitale de la technologie. (Photo d'illustration)@ Nicolas ASFOURI / AFP
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Europe 1 est allé à la rencontre de trois Français qui ont créé leur start-up à Shenzhen, en Chine. Ils expliquent comment ils en sont arrivés là ainsi que les avantages et les inconvénients d'un tel choix.

Cécile, Laurent et Yoann sont tous les trois français, mais ont décidé de monter leur start-up en Chine, à Shenzhen, la capitale de la technologie. Spécialisés dans les applications, les montres connectées ou la fabrication de produits, ils sont installés dans le pays depuis plusieurs années. Europe 1 est allé à leur rencontre pour comprendre ce qui les a poussés à venir vivre en Chine, à y monter leur start-up et quels sont les avantages et les inconvénients de ce choix.

Comment sont-ils arrivés en Chine ?

Les trois entrepreneurs ont des parcours assez différents. Certains sont arrivés dans la capitale de la tech un peu par hasard quand d'autres, au contraire, souhaitaient particulièrement venir ici. "Je voulais partir en Chine depuis un certain temps, mais c'est mon ami qui m'a amené en Chine parce qu'il avait une proposition ici", explique Cécile Israël, qui a fondé la start-up spécialisée dans le vin Easy Bacchus. Yoann Boudou, à la tête de Super Nova, une start-up de conseil dans la gestion de la chaîne de production, est lui arrivé pour un travail avant de monter sa propre entreprise. "Je suis arrivé en Chine il y a six ans. Avant de venir, j'avais appris le chinois en licence et j'avais fait un master en gestion de la chaîne de production. Dès que j'ai été diplômé, je suis venu en Chine pour utiliser ces compétences, d'abord à côté de Shanghaï, puis au siège de l'entreprise, à Shenzhen", explique-t-il. Originaire d'Aix-en-Provence, il travaille ensuite pour la marque de smartphone franco-chinoise Wiko depuis Shenzhen et se décide finalement à créer sa start-up il y a deux ans.

Laurent Le Pen, le fondateur de Omate, fabricant de montres connectées pour les seniors, est lui aussi arrivé pour son travail précédent. "J'étais dans la téléphonie mobile et je travaillais pour une société qui développait des téléphones pour Philips. C'est cette société qui m'a envoyée à Shenzhen." "En 2013, on s'est dit que si on pouvait réduire les composants électroniques, on pourrait créer un capteur d'activité. Finalement, on a créé une montre", raconte-t-il. "On a lancé le projet sur Kickstarter (une plateforme de financement participatif, ndlr) et on a levé un million de dollars (810 millions d'euros). C'est comme ça que l'histoire a commencé".

Quels sont les avantages…

S'implanter à Shenzhen a pour tous eu le même avantage : se rapprocher de l'endroit où sont fabriqués leurs produits et s'ouvrir à un marché très important. "Économiquement ou techniquement, il est quasiment impossible de faire ce que l'on fait en France", estime le fondateur de Omate. "Si on le fait ici, c'est parce que l'on a tout l'écosystème de la téléphonie mobile et celui des objets connectés, qui est très lié, à côté. Quand je travaillais en France et que je recevais un fournisseur, c'était un événement, il venait de Corée du Sud, du Japon ou de Chine. Ici, ils ont tous un bureau à dix minutes, on les appelle ou on leur envoie un message sur WeChat (la messagerie la plus populaire en Chine, ndlr), ils viennent et ça avance", poursuit-il. "Du dessin à la production industrielle, on met six mois, c'est ça la force de Shenzhen, c'est pour ça que l'on parle souvent de 'Shenzhen speed', c'est parce que tout l'écosystème est ici, le savoir-faire et les experts aussi. En France, il estime que le même processus lui aurait pris "deux fois plus de temps" et n'aurait pas été viable économiquement.

Shenzhen
En France, cela aurait demandé deux fois plus de temps
Laurent Le Pen, fondateur d'Omate

L'importance du marché chinois est aussi un argument. "Le marché du vin en Chine devient énorme, c'est le deuxième marché dans le monde. Il y a un énorme besoin d'éducation et on assiste à un changement : avant, le vin était réservé aux riches chinois, désormais la classe moyenne en achète aussi et il y a un vrai besoin d'accompagnement dans le domaine. La taille du marché et les besoins du consommateur faisaient qu'il était plus avantageux de venir ici", estime Cécile Israël, créatrice d'Easy Bacchus. Le fondeur de Super Nova, Yoann Boudou, abonde lui aussi dans ce sens. "Il y a énormément de potentiel dans le secteur (de la gestion de chaînes de production). J'ai trop de demandes par rapport à la taille de l'entreprise", indique celui qui "adore" la vie en Chine pour ce qu'elle apporte au niveau professionnel. "Dans la mesure où on ne fait que ça et où tout le monde ne fait que ça, y compris le dimanche, c'est vraiment incroyable. C'est un centre où le monde entier vient pour produire donc les opportunités se multiplient", salue-t-il.

… et les inconvénients ?

Pour Super Nova, Yoann a créé une société à Hong Kong, qui se trouve à une heure de route de Shenzhen. Une solution "facile et rapide", mais qui demande ensuite une gestion administrative pour travailler à Shenzhen. "Ce qui est compliqué, c'est l'obtention des comptes en banque à cause des sanctions imposées à Hong Kong par les États-Unis", précise le fondateur. "Pour fonctionner en Chine, cette société hongkongaise a monté une société en Chine d'après le processus mis en place par le gouvernement de Shenzhen", poursuit-il. Une solution compliquée, mais tout de même plus facile que d'ouvrir une société directement en Chine. "Si j'avais fait ça, c'est pour profiter d'une convention bilatérale Hong Kong-Chine qui permet la création rapide d'une société à capital faible avec des réductions de taxes. À l'inverse, si j'avais été dans une convention franco-chinoise ça aurait été beaucoup plus compliqué", indique-t-il.

Shenzhen
Il y a une manière différente d'aborder les affaires, ça s'apprend
Yoann Boudou, fondateur de Super Nova

Sur place, il faut aussi composer avec une culture et une manière d'aborder les affaires différentes. "C'est quelque chose qui s'apprend et que l'on ne peut pas saisir si on n'a pas de contact en Chine. C'est difficile de se lancer sans", prévient Yoann Boudou. "Parler chinois aide aussi à ne pas se faire berner. Si vous montrez des faiblesses - comme de ne pas parler chinois -, automatiquement vous 'demandez' à vous faire berner", précise-t-il. "Quand on arrive en Chine dans ce marché énorme et avec la barrière de la langue, ça prend plus de temps, ça demande de se créer un réseau", complète Cécile Israël.

Enfin, deux derniers points, au quotidien, s'avèrent assez différents de la France. "En terme culturel, c'est moins profond que la France puisque Shenzhen est une ville nouvelle qui a à peine 35 ans. Et la gastronomie manque un peu. Quand je passe deux ou trois semaines en France, c'est toujours un grand plaisir parce qu'ici ce n'est pas encore 'fou'. Et encore, j'ai déménage à cinq minutes du restaurant français", s'amuse Yoann. Les blocages d'Internet, qui empêchent d'accéder à Google ou Twitter, sans utiliser un VPN (un système qui fait croire que l'utilisateur se trouve dans un autre pays), peuvent aussi s'avérer lassants. Mais malgré cela, aucun ne regrette d'avoir créé son entreprise en Chine.