Guy Birenbaum : le smartphone, "un incroyable outil de servitude volontaire"

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Guy Birenbaum : le smartphone, "un incroyable outil de servitude volontaire"
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Le journaliste, qui a fait un burn-out il y a quatre ans, a appris à s'éloigner de son smartphone. De son expérience, il a sorti un ouvrage pour aider à se reconnecter… à la vraie vie.

INTERVIEW

Sa surconsommation de téléphone avait été le signe précurseur d'un burn-out. Quatre ans plus tard, le journaliste Guy Birenbaum publie Petit manuel pour dresser son smartphone (sortie le 27 septembre aux éditions Mazarine), un traité humoristique de désobéissance numérique. Mais le sujet n'est pas si léger, il est même très sérieux pour son auteur. Dans C'est arrivé demain, dimanche, sur Europe 1, Guy Birenbaum a donné quelques astuces pour se défaire de ce qu'il considère comme une véritable "addiction" à grande échelle.

"Un truc devenu une prothèse". Le journaliste prône l'hyper-vigilance. "Quand je regarde autour de moi dans la rue, au restaurant, au café, je me rends compte que les gens ont beaucoup de mal à se tenir à distance de ce truc devenu une prothèse." Lui-même, était connecté en permanence, du petit matin au soir tard. Et pointe d'entrée du doigt "ce truc horrible qui s'appelle les notifications". "Ça nous encombre, ça fait du bruit pour rien." Son premier conseil est donc de paramétrer son smartphone pour ne plus recevoir cette avalanche d'avertissements.

Entendu sur Europe 1
Il faut résister. Parce que ça va être pire.

Un objet "qui tient en laisse". Le spécialiste enchaîne avec un deuxième conseil pour se défaire de cet "animal sauvage qui fait mal et qui nous tient en laisse". "Notre cerveau est contrôlé par cet objet que je qualifierai d'assez dangereux" Il préconise le jeûne. "Il faut être capable de ne pas toucher son téléphone pendant une heure, puis deux, puis trois (…) C'est génial de sortir dehors, de regarder en l'air et de ne pas avoir ce sans fil à la patte." Problème : ce téléphone "sauvage" semble pourtant un moyen d'exister, de partager, de s'indigner ou même de draguer en express. "C'est là où je m'étais totalement trompé avec cette certitude que mon avis était important, que ce que j'avais à dire comptait, que mes colères, je devais les partager, comme mes plats de spaghetti. Tout ça n'a pas d'intérêt", s'est raisonné le journaliste, qui prône les relations frontales, la vraie discussion.

"On n'aime plus s'emmerder... Il faut résister". Reste une grande faille : celle du vide, de l'ennui. Et l'homme est alors tenté d’attraper son smartphone. "Ils sont aussi géniaux que terrorisants les ingénieurs qui ont construit ces appareils. Ils ont compris comment nous étions des esclaves potentiels. On n'aime plus s'emmerder. On ne supporte pas ça. Pascal le disait déjà : 'l'homme ne supporte pas de rester sur son lit.'" Le monde fonce donc tête baissée sur son petit écran. "Il faut résister. Parce que ça va être pire. Après le smartphone, ça va être un truc complètement intégré à nous et plus la prothèse qu'on tient dans la main."

Une photographie présidentielle qui en dit long. La photographie présidentielle illustre ainsi la suprématie actuelle et sans doute future du smartphone. Le président pose non pas avec un mais deux téléphones. "Moi, ça m’inquiète qu'en 2017, les signes du pouvoir, ce soit cet objet qui est un incroyable outil de servitude volontaire." Le journaliste a d'ailleurs encore du mal à s'éloigner de ce petit écran qui l'appelle. "Parfois, je me dis 'gaffe mon vieux'. Et vous savez ce que je fais ? Je prends un livre."